L'œuvre complète de Léon Bloy est loin d'avoir une existence matérielle. Les quinze volumes de l'édition du Mercure de France sont là, certains épuisés, d'autres exténués ; la correspondance de l'écrivain est en chantier depuis de nombreuses années ; son Journal inédit, unique - nous n'avons aucun journal comparable pour un autre écrivain de cette époque -, est en cours de publication ; quant aux éditions critiques... Reste cependant un pan entier de son œuvre complètement inédit, et non des moindres : les dédicaces. Bloy lui-même considérait ces dernières comme en faisant partie intégrante. Il n'avait pas tort. Tous ses envois sont importants. Que ce soit un simple " à Félicien Rops " ou une confession - ce mot n'est pas pris au hasard -, chaque envoi éclaire l'image que Bloy pouvait avoir de son travail et des relations qu'il entretenait avec ses contemporains, lui qui écrivait au bas d'une photographie de Dornac pour la célèbre série Nos contemporains chez eux : " Je ne suis pas un contemporain et je n'ai jamais été chez moi ".
La connaissance des envois de Bloy est un complément indispensable à la compréhension de son Journal et de son œuvre entière. Une première recension fut établie par Joseph Bollery dans les Cahiers Léon Bloy, suivie par une autre dans deux Bulletins de la Société des études bloyennes. Nous ne prétendrons pas nous-même à l'exhaustivité, loin de là, mais, depuis des années, nous recopions inlassablement les envois de Bloy au fil des catalogues et des collections.
Il manque beaucoup d'amis de Bloy dans cette liste. Pour n'en citer que deux : Barbey d'Aurevilly et Villiers de l'Isle-Adam. Un grand cahier tenu par le docteur Fauquet - le " FAM " bien connu des Bloyens - nous a rendu un immense service. Nous avons ainsi rassemblé plus de mille envois de Bloy pour son œuvre entière, certains connus, d'autres insoupçonnables, d'autres attestés mais non retrouvés. La présente liste regroupe les envois connus à ce jour pour les éditions du Désespéré. Nous ne reviendrons pas sur les tribulations de ces éditions : une édition critique est en cours d'élaboration, qui révélera tous les secrets du Désespéré. Notre liste est présentée de façon chronologique et alphabétique pour chaque édition. Nous n'avons malheureusement pu avoir accès à tous les exemplaires. Copie de catalogue, copie au débotté avant les ventes, copies de copies, bref, nous n'avons pu vérifier la graphie de tous ces envois. Lorsque nous l'avons fait, nous avons respecté cette dernière, si particulière. Nous avons également donné quelques brèves notices biographiques sur les destinataires [p.39] lorsque cela a été possible. Mais l'essentiel, le texte, est là. L'avenir améliorera cette première liste, la corrigera et, espérons-le, l'augmentera.
Il existe quatre éditions du Désespéré parues du vivant de Bloy. Chacune comprend des variantes :
1 - Le Désespéré. Paris, A. Soirat, 1886 (imprimerie de Narcisse Blanpain) : deux mille exemplaires, aucun de luxe. De nombreux exemplaires portent la mention 2e mille sur la couverture. C'est la seule édition reconnue par Bloy, ce dernier ayant désavoué l'édition Stock, que l'on peut considérer comme la véritable édition originale, car elle fut imprimée avant celle de Soirat.
2 - Le Désespéré. Paris, Tresse et Stock, 1887 (Dijon, imprimerie Darantière) : dix exemplaires sur Hollande, dont quelques-uns - au moins cinq - comportent les fameuses pages censurées. Véritable édition originale, imprimée avant celle de Soirat, elle ne fut pas diffusée avant 1893. Les envois sur cette édition sont assez rares, mais il faut reconnaître que, jusqu'en 1913, de nombreux Bloyens purent lire le roman dans cette édition, celle de Soirat ayant été rapidement épuisée et celle de Crès n'ayant vu le jour que vingt ans plus tard.
3 - Le Désespéré. Édition intégrale. Préface de l'auteur et frontispice gravé par P.-E. Vibert. Paris, Georges Crès et Cie, 1913 (Imprimerie G. Supot) : volume de la collection Les Maîtres du Livre. Le premier frontispice, dont il existe de rares épreuves, fut refusé par Bloy sous le prétexte que Vibert l'avait fait ressemblant à - citons Bloy - " Paul de Kock ravagé par la colique ". Trois vieux Japon, huit Chine, cinquante Japon impérial dont huit hors commerce et neuf-cent-cinquante sur rives dont cinquante hors commerce.
4 - Le Désespéré. Nouvelle édition. Paris, Mercure de France, 1914 (Imprimerie G. Roy) : sous la fameuse couverture jaune du Mercure de France, avec un portrait représentant Bloy devant des cochons. Les rééditions jusqu'en 1918 comportent une autre photographie. Après la guerre, aucun portrait. Cinq Japon impérial, dont deux hors commerce et huit Hollande hors commerce.
ÉDITION SOIRAT
* au capitaine Bigand-Kaire. Ce douloureux livre écrit sur un pal rouge, en plein radeau de la Méduse par un de ceux qui furent naufragés
Pierre-Antide-Edmond Bigand-Kaire (1847-1926), capitaine au long cours, ami et bienfaiteur de Bloy, organisa en 1895 une tombola pour aider financièrement l'écrivain. Il fut le dédicataire de La Femme pauvre en 1897.
* à Frédéric Brou, un rude livre à un rude sculpteur. 5 sept. 1904
Frédéric Brou (1862-1925), sculpteur, ami de Jehan Rictus et, à partir de 1904, de Bloy. Rare amitié sans faille qui ne prit fin qu'avec la mort de Bloy. On lui doit un magnifique buste de Bloy, ainsi qu'un projet pour un monument en hommage à Villiers de l'Isle Adam.
* à mon cher ami Henry Carton de Wiart Servis regna debunt captivis Feta triomphum Un ouvrier sans salaire
[p. 40]Henry Carton de Wiart (1869-1951), avocat et homme d'Etat belge, fit partie du
premier groupe d'admirateurs belges de Bloy. Il écrivit de nombreux romans et essais.
* à mon très bon-ami l'abbé Cornuau Ce roman chrétien écrit dans la poix bouillante, il y a 20 ans. Octave de Toussaint 1908
Octave de Toussaint 1908 Pient Cornau (1858-1923), aumônier de la marine, fut d'un puissant secours
spirituel pour Bloy à partir de 1908. Sa correspondance avec Bloy a été publiée en 1926.
* à mon cher frère Dacien, ce livre qu'il n'a pas lu, je crois, et qui m'a valu plus d'un quart de siècle de souffrance
Dacien (Jean-Baptiste-Louis Lodé, en religion Frère) (1846-1926), frère des Écoles chrétiennes, un des meilleurs amis de Bloy à partir de 1905. Sa correspondance avec Bloy a été publiée en 1926.
* à mon ami Eugène Descaves, souvenir affectueux d'un catholique réputé fécal
Eugène Descaves (?-1934), officier de paix puis directeur des services de circulation de Paris, était le frère du romancier Lucien Descaves, grand ami de Huysmans.
* à Paul Ferniot. Je suis Job sur son fumier et je vous passe un de mes tessons. Râclez-vous [sic] Ceci est un des exemplaires de l'édition Soirat, la seule autorisée par l'auteur et qui devient rarissime. La prétendue édition Tresse et Stock, très défectueuse, a été odieusement carottée. Octobre 1900.
Paul Ferniot, publiciste et éditeur, co-directeur avec Paul Redonnel de la Maison d'Art qui édita Je m'accuse de Bloy en 1900.
* à monsieur l'abbé Lefoulon, ce livre proscrit dont le douloureux accent chrétien ne peut être compris que de quelques âmes religieuses qui s'intéressent aussi à Notre Seigneur crucifié
Charles Lefoulon (1848-1907), originaire et aumônier de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, principalement biographe de saintes, publia en 1891 un poème inédit de Léon Barbey d'Aurevilly, frère de Jules.
* à mon très cher ami Henry Girard, en attendant mon salaire et diverses exterminations
Henry Girard (1874 ?-1923), comédien, confident et correspondant de Barbey d'Aurevilly, grand ami de Huysmans et de Villiers de l'Isle-Adam, éprouvait une véritable admiration pour Bloy, mais, après la brouille entre Bloy et Huysmans, il prit le parti de ce dernier.
* à mon ami Léonce Grasilier, en attendant que je lui devienne insupportable
Léonce Grasilier (1850-1931), homme de lettres, successeur de l'éditeur Savine, fut écrivain d'histoire, spécialiste des épopées napoléoniennes.
[p.41]
* Ma chère filleule Élisabeth [de Groux]
Voici la première édition
devenue rarissime de ce livre
fameux qui m'a valu un quart
de siècle de prescription et de
misère affreuse
C'est après l'avoir lu que ton
père voulut me connaître.
Dieu veuille que, l'ayant lu
à ton tour et connaissant mieux
ton parrain, il ne t'épouvante pas
6 novembre 1916
Élisabeth de Groux (1894-1949) était la fille aînée du peintre Henry de Groux, grand ami de Bloy, dont elle était la filleule. Elle épousa le romancier Émile Baumann en 1931.
* à mon très cher ami Gustave Guiches, en souvenir de ce qui nous a dévorés & en espérance de ce que nous dévorerons un jour !
Gustave Guiches (1860-1935), romancier et auteur dramatique, ami de Bloy entre 1881 et 1887 ; on lui doit un portrait assez vivant de Bloy et de son milieu dans ses mémoires publiés en 1924, Au Banquet de la vie.
* à mon ami Huysmans. et maintenant... crevons !
Joris-Karl Huysmans (1848-1907), l'illustre romancier, un temps un des meilleurs amis de Bloy, avant une rupture restée célèbre dans l'histoire littéraire.
* à mon ami Henri Jacottet
Henri Jacottet (1856-1904), journaliste et publiciste d'origine suisse, collaborateur du Dictionnaire de géographie universelle, puis du Tour du Monde. Bien que protestant, il demeura un ami fidèle de Bloy et organisa en sa faveur une souscription en 1901.
* à mon indéfectible ami Georges Landry... ... Seigneur Jésus, ayez pitié des lampes misérables qui se consument devant votre douloureuse FACE !
Georges Landry (1848-1924), comptable à la chemiserie Hayem et fils, les amis de Barbey d'Aurevilly, grands collectionneurs de Gustave Moreau. Landry est un des plus vieux amis de Bloy, jusqu'à la rupture avec Huysmans. Après la mort de Huysmans, il s'attacha à François Coppée et en devint un de ses héritiers. Il est le Leverdier du Désespéré.
* à Henri Lavedan mon ami, ce petit lot de blasphèmes contre le Saint-Sacrement de la muflerie moderne
[p.42] À cet exemplaire est jointe une carte de visite de Bloy dont le texte est le suivant, se rapportant au Désespéré. Enveloppe : Monsieur Henri Lavedan, archiviste du Désespéré Carte de visite : Na-tu-rel-le-ment Léon Bloy 155 rue Blomet On tue tous les jours, entre 4 & 5 Il y a des listes
Henri Lavedan (1859-1940), romancier et auteur dramatique ; Bloy le rencontra en 1887 dans le bureau de Gustave de Malherbe à la librairie Quantin. Il lui vendit le manuscrit du Désespéré en 1888.
* à l'auteur du Mâle [Camille Lemonnier] ce livre mâle, offert par cette lamentable crapule
Camille Lemonnier (1845-1928), le célèbre romancier belge. Il connut Bloy au Gil Blas et s'intéressa à lui au point de le recommander à Dentu pour l'édition de Sueur de sang en 1893.
* à Jean Lorrain pour me faire aimer
Jean Lorrain (1855-1906), poète, romancier et journaliste, donna à Bloy les renseignements sur Maupassant que l'on retrouve dans Le Désespéré. Il n'y eut jamais de véritable amitié entre eux et leurs relations cessèrent rapidement.
* à mon très cher Louis Luez un cannibale inassouvi mais affectueux
Louis Luez (?-1899), entrepreneur de maçonnerie et de travaux publics, ami de Bloy. Le secret de M. Pérégrin Germinal lui est dédié.
* à mon ami Louis Marchal, la griffe du monstre
Louis Marchal (1876-1958), en religion Père Camille, religieux lorrain de l'ordre des Franciscains de la Terre sainte. Il fut pour Bloy un ami sûr et un correspondant précieux.
* à Paul Margueritte après avoir lu coup sur coup Tous quatre et Pascal Géfosse en témoignage de profonde estime littéraire
Paul Margueritte (1860-1918). Bloy le rencontra sans doute autour du Chat Noir ou chez un éditeur. Il avait peu d'estime pour les frères Margueritte, " écrivains à quatre mains ", selon lui.
* à mon ami Achille Mélandri ces lamentations véridiques
Achille Mélandri (1845-1905), peintre, poète et photographe, fit partie du cercle des Hydropathes, où Bloy le connut sans doute.
[p.43] * à Henry Mériot, souvenir fraternel de Caïn
Henry Mériot (1857-1938), poète, relieur et artisan d'art à Rochefort-sur-mer, fut un profond admirateur de Bloy, avec lequel il entretint une correspondance.
* à mademoiselle Johanna Molbech, hommage respectueux de l'auteur.
Johanna Charlotte Molbech (1859-1928), future femme de Bloy, rencontrée chez François Coppée et sa sœur Annette. Cet envoi marque le début d'une nouvelle vie pour Bloy.
*à mon cher Prince Alexandre Ouroussof Souvenir d'un molosse affable
Le prince Alexandre Ouroussof (?-1900), avocat et écrivain russe, ami et bienfaiteur de Bloy, publia en 1896 aux éditions de La Plume un Tombeau de Charles Baudelaire. Il défendit Bloy lors de son procès contre Péladan en octobre 1891. Un autre exemplaire de l'édition Soirat fut donné à Ouroussof par Huysmans, avec cette note de sa main : Reçu en cadeau de J.-K. Huysmans. 1888.
* à Alfred Pouthier, Caïn Marchenoir
Alfred Pouthier (1866-1946), journaliste financier, poète et bibliophile, devint l'ami de Bloy en 1910 après une poursuite de sa part qui dura plusieurs années. Il devint un des plus chers compagnons de la vieillesse de Bloy, qui regretta de ne pas avoir répondu plus tôt à son appel.
* Au doux poète Alfred Poussin d'un pauvre à un pauvre
Alfred Poussin (1834-1901), poète, auteur de Versiculets préfacés par Jean Richepin, avec une notice d'Alfred Vallette. C'est certainement par l'intermédiaire de Richepin que Bloy le rencontra.
* à Marguerite-Louise Read, mon amie, un blasphémateur par amour
Louise Read (1849-1928), amie, secrétaire et gouvernante de Barbey d'Aurevilly. Après la mort de ce dernier, ses rapports avec Bloy s'envenimèrent à propos de la tombe de Barbey. Une fameuse polémique avec Péladan s'ensuivit. Bloy dut néanmoins avoir recours à elle lors de la publication des lettres de Barbey à lui adressées.
*à mon ami William Ritter Une de ses voix cruelles qui parlent aux mourants du mal qu'ils ont fait ou du bien qu'ils auraient pu faire
William Ritter (1867-1955), journaliste, critique d'art et essayiste suisse, entretint peu de rapports avec Bloy.
* à Madame Robin Ce livre écrit dans les larmes, avec des larmes pour faire répandre des larmes. Si ces larmes étaient du sang, l'auteur en serait plus fier. Un ours trop tendre qui se souvient d'avoir été blanc et qui espère le redevenir.
Isabelle Robin, épouse du docteur Albert Robin (1847-1928), lui-même décrit dans Le Désespéré sous le nom du docteur Chérubin des Bois.
[p.44] * à Félicien Rops
Félicien Rops (1833-1898), célèbre peintre et graveur belge. Bloy aima son œuvre jusqu'à la publication du frontispice de L'Amante du Christ de Rodolphe Darzens, qui le choqua vivement. La sécheresse de cet envoi, bien que non daté, en est sans doute la cause.
* à Marc Stéphane Ille ego cujus manus, contra omnes et manus omnium contra eum
Marc Stéphane (Marc Richard, dit) (1870-1944), écrivain et journaliste de tendance anarchiste. Il fut l'ami de Bloy entre 1894 et 1895. La brouille entre les deux écrivains survint lors de la tombola de Bigand-Kaire. Bloy regretta, semble-t-il, son injustice vis-à-vis de Stéphane.
*à Laurent Tailhade parallèlement
Laurent Tailhade (1854-1919), journaliste et pamphlétaire. Ses relations avec Bloy furent très amicales jusqu'à une brouille qui fit du bruit dans le monde des lettres.
* à Léon Vanier, le plus cordialement du monde
Léon Vanier (1847-1896) éditeur, 19, quai Saint Michel à Paris ; il contribua à faire connaître Verlaine. Il est " le lépreux " d'Un Brelan d'excommuniés de Bloy.
* à mon ami Verhaeren
Émile Verhaeren (1855-1916), célèbre poète et romancier belge, est l'auteur d'un certain nombre d'articles sur Bloy, toujours très favorables.
* à Paul Verlaine, hommage de l'admiration passionnée, d'un blasphémateur par amour Léon Bloy. Seigneur Jésus ! ayez pitié des lampes misérables qui se consument devant votre douloureuse face.
Paul Verlaine (1844-1896). Les relations entre les deux écrivains connurent deux temps : mépris d'abord puis, grâce à Huysmans, reconnaissance et admiration. Bloy reconnut s'être trompé à son propos.
* Mon cher Ricardo Vinès Les imbéciles sont dans l'église comme les punaises dans les vieilles maisons. Ils épouvantent les visiteurs & font déménager les locataires. J'espère que vous ne trouverez pas de punaises dans ce vieux livre humble- ment déposé au seuil de l'église, il y a 27 ans Noël 1913
Ricardo Vinès (1875-1943), célèbre pianiste, fut un grand ami de Bloy de 1905 à sa mort.
* Mon bien aimé filleul Pierre-Matthias [Van der Meer de Walcheren], voici un rarissime exemplaire de ce livre célèbre qu'aucun éditeur ne veut réimprimer, on ne sait pourquoi. Tu verras, en lisant cette quasi-autobiographie, dans quel bain d'huile bouillante elle dut être écrite et tu sais, par la série de mon Journal, aussi bien que par La Femme pauvre, ce que Dieu a mis sur mes épaules pendant le quart de siècle qui a suivi. Penche-toi sur ce puits noir et dis-moi profondément que, peut-être, il a fallu toutes ces tortures d'un pauvre homme pour que tu devinsses chrétien.
[p.45] Walcheren (Pierre-Matthias Van der Meer de) (1880-1970), publiciste et écrivain hollandais, grand ami de Bloy, se convertit au catholicisme en 1911 et fut baptisé en même temps que son fils Pierre-Léon (1903-1933). Après la mort de Bloy, il occupa d'importantes fonctions à la librairie catholique Desclée de Brouwer avant de devenir moine à l'abbaye bénédictine d'Oosterhout. On lui doit d'intéressants souvenirs sur Bloy.
* à mon frère Max Waller Ces inutiles vociférations d'un blasphémateur contre le Saint Sacrement de la crapule
Max Waller (1860-1889), écrivain et poète belge, fonda en 1882 la revue La Jeune Belgique qui fut toujours favorable à Bloy.
ÉDITION STOCK
* À ma très chère femme que j'ai attendue en souffrant quarante-trois années et que la pitié du Christ a bien voulu m'envoyer enfin pour la guérison de mon âme. 19 juin 1890
Cet exemplaire vraiment unique en ce sens qu'il est le seul de la prétendue édition Stock n'ayant pas subi le remaniement de la page 397 à la page 405, et dans lequel, par conséquent, puisse être lue l'anecdote dangereuse et incertaine de la page 401. Il me fut donné par le misérable Stock, en 87, lorsqu'ayant renoncé, depuis plusieurs mois, au Désespéré, il était encore très éloigné de songer à la mise en vente clandestine et préjudiciable de son papier, qui fut opérée en 93, après le susdit remaniement pour lequel il se garda bien de me consulter. 19 juillet 1898
Bloy épousa Jeanne Molbech (1859-1928) le 27 mai 1890.
*A mon ami Alfred Canat Souvenir fraternel de Caïn Léon Bloy
Alfred Canat, instituteur protestant et éphémère compagnon de bistrot de Bloy. Le don de cet exemplaire est mentionné dans le Journal inédit de Bloy à cette date.
* à Albert Lumbroso
La conspiration du silence fut déterminée par ce livre, il y a vingt-huit ans. Elle dure encore. L'auteur aussi, par miracle. Cette édition est, d'ailleurs, exécrable.
Alberto-Emmanuele Lumbroso (1872-1942), bibliophile et historien italien, directeur de la Revue napoléonienne à partir de 1903 et admirateur de Bloy. Leurs relations furent le plus souvent assez orageuses.
* à Gustave de Malherbe, l'unique survivant d'un bataillon
Gustave de Malherbe (1856-1934), publiciste et imprimeur d'art, fut un fidèle ami de Huysmans, de Barbey d'Aurevilly, de Villiers de l'Isle-Adam et de Bloy. Fondé de pouvoirs chez l'éditeur Quantin, il essaya d'y placer sans succès le livre de Bloy Belluaires et Porchers en 1889.
[p. 46] *à ma très chère sœur Marie Molbech Transféré à mon frère Édouard Bernaert 24 nov. 1900
Marie-Thérèse Molbech (1862-?), belle-sœur de Bloy, se convertit au catholicisme sous l'influence de Bloy en 1893 et devint religieuse enseignante en Italie. Édouard Bernaert (1874-1945), poète, journaliste et publiciste belge, entra en relations avec Bloy en 1898. Leurs rapports furent assez particuliers. Du 9 septembre 1900 au 15 février 1901, Bloy hébergea, non sans problèmes, Bernaert chez lui. Le Journal de Bloy est rempli de détails sur cette curieuse relation. Quelques-unes des plus belles lettres de Bloy sont adressées à Bernaert.
* à Victor Stock éditeur fugace son ami quand même
Pierre-Victor Stock (1861-1943), libraire et éditeur, imprima le premier Le Désespéré. À la suite de pages jugées trop violentes par Stock, l'ouvrage ne fut pas mis en vente. Les relations entre les deux hommes furent assez mauvaises, mais Bloy publia quand même Belluaires et Porchers chez Stock en 1905. L'exemplaire portant cet envoi contenait la clé du roman avec ce chapeau de la main de Bloy : " Liste des individus à qui Le Désespéré ne doit pas être envoyé ".
* à monsieur Victor Stock
à monsieur Victor Stock Autre exemplaire mais celui-ci sur Hollande.
* à mon cher ami, Laurent Tailhade, cet exemplaire d'une édition qui me fut volée par un éditeur du Pays du mufle
ÉDITION DU MERCURE DE FRANCE
* à mon ami Émile Baumann, Histoire vraie malgré l'arrangement littéraire, voilà ce que peut souffrir un expectant du Martyr
Émile Baumann (1868-1941), romancier d'inspiration catholique et nationaliste. Bloy admira ses romans dès 1910. Baumann écrivit des articles élogieux sur Bloy et on lui doit une vie assez romancée de son beau-père Henry de Groux, dans laquelle il est souvent question de Bloy.
* à Léon Bellé. Les cochons de Marchenoir ont, en signe de deuil sans doute, une couronne noire sur le derrière, ce qui les différencie de tous les autres cochons. On est invité à étudier cet admirable symbolisme.
Léon Bellé (1875-1952) libraire, imprimeur et journaliste, fut l'un des plus sûrs amis de Bloy lors de son séjour à Lagny (" Cochons sur Marne ") entre 1900 et 1904.
[p.47]
* à Jacques Bernard, amicalement, d'un vétéran littéraire qu'on n'a jamais pu démolir
Nous n'avons pu identifier ce destinataire.
* En apprenant votre projet de mariage, mon cher Eugène Borrel, j'ai cessé d'être le Désespéré. Que pourrai-je vous dire de plus ?
*à madame Eugène Borrel hommage de l'auteur
Eugène Borrel (1876-1962) et son épouse Eugénie. Violoniste et musicologue, membre de la Schola Cantorum, il fut un ami précieux pour Bloy jusqu'à une mystérieuse brouille dont l'épouse de Borrel fut sans doute responsable en 1913. Après la mort de Bloy, Borrel n'eut que des paroles bienveillantes à l'égard de son ancien ami.
* à Cornuau. Attitude mélancolique du vieil auteur devant des pourceaux adolescents.
* à Georges Crès. Voici, mon cher ami, un rayon de charcuterie, pour annexer à votre boutique d'éditeur des Maîtres du Livre [exemplaire sur Hollande]
Georges-Célestin Crès (1875-1935), libraire et éditeur, fut très favorable à Bloy ; il réédita Le Désespéré en 1913 dans sa collection des Maîtres du livre.
* à monsieur Pierre Delcourt auteur de " Ce qui se mange à Paris ", j'offre ceci qui ne s'avale, hélas ! nulle part.
Pierre Delcourt (1852-entre 1914 et 1920) fonctionnaire, commerçant, journaliste et collaborateur de L'Événement ; il publia de nombreux ouvrages sur la vie à Paris qui eurent beaucoup de succès, dont Ce qu'on mange à Paris (1889).
[p. 48] * à Vincent d'Indy Lacrymabiliter Miseranter Speranter Le titre est une antiphrase. Au fond, ce livre est l'expression d'un optimisme déchaîné.
Vincent d'Indy (1851-1931), compositeur et musicologue, grand maître de la Schola Cantorum, admirateur de Bloy ; il accueillit ses deux filles dans son école.
* à ma chère Élisabeth [Joly] Attention ! voici le coup de foudre ! (dédicace écrite sous le frontispice)
Élisabeth Joly (1889-1975), belle-sœur de René Martineau ; c'est grâce à ce dernier qu'elle rencontra Bloy, qui l'eut toujours en particulière affection.
* à mon cher confrère Eugène Lefebvre d'un écrivain pratique à un débutant
Eugène Lefebvre, en littérature Jean Faber. Commissaire de police à Paris et en région parisienne, il fut un admirateur de Bloy et écrivit sur lui en 1912 un article, "Le Monstre". En 1930, il publia un roman à clés, La Ronde des monstres, où Bloy figure sous le pseudonyme de Quoy.
* [à René Martineau] Regardez cette image. Avant de vous connaître, mon bon ami, je ne voyais guère autrement l'humanité contemporaine et j'étais vraiment au pied de ce mur. Dieu vous bénisse de m'avoir éloigné de ce troupeau !
René Martineau (1866-1948), bibliophile et écrivain, spécialiste d'histoire littéraire ; il occupe une place de choix dans le monde bloyen : il fut un des premiers à tenter de faire connaître Bloy et son œuvre, et fut surtout, matériellement parlant, d'un soutien sans faille pour son ami.
* à mon cher Alfred Pouthier. Quand vous aurez du chagrin, mon ami, entr'ouvrez ce livre et le pauvre auteur, évoqué soudain, viendra pleurer avec vous
* à Louis Quarré. L'image représente Marchenoir vingt cinq ans après. Il est rudement beau encore, n'est-ce-pas ? Qu'eussiez-vous dit en 86, quand il était en présence des vrais cochons dont ceux-ci donnent une idée trop avantageuse ?
Louis Quarré (1858-1942), ingénieur à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, correspondant, ami et bienfaiteur de Bloy. Il était un ami de jeunesse de Pierre Termier. De 1913 à la mort de Bloy, il ne cessa de lui témoigner son attachement.
* Ma chère amie Rachilde Que vous semble de cette résurrection, après vingt cinq ans de sépulcre ?
Rachilde (Marguerite Eymery, dite) (1860-1953), épouse d'Alfred Vallette, directeur du Mercure de France ; Rachilde fut toute sa vie l'amie et la protectrice de son " compatriote périgourdin ".
[p.49]
* à Félix Raugel. Imaginez cela en musique, avec le grincement de la scie dans les vertèbres du prophète et le battement d'une pauvre vieille cloche égrenant au loin le glas des morts.
Félix Raugel (1881-1975), chef d'orchestre, compositeur et musicologue, membre de la " Schola Cantorum ", vice-président de la Société française de musicologie et disciple de Vincent d'Indy ; il était un ami de Bloy depuis 1907 et le demeura jusqu'à sa mort.
* à notre cher curé de Saint-Piat, en l'avertissant que le contenu de ce livre n'est qu'une des tribulations endurées, quarante ans, par son triste paroissien
Alphonse Robion (1876-?), curé de Saint-Piat en Eure-et-Loir. C'est dans cette localité que Bloy le connut durant l'été 1912 et les années suivantes lors de villégiatures. Leurs rapports furent toujours cordiaux. Robion a donné des souvenirs de ses rencontres avec Bloy dans les Cahiers Bloy.
* à Georges Rouault. Avec une petite image pour se souvenir du jugement dernier, quand nos contemporains auront été restitués à leur véritable forme.
Georges Rouault (1871-1958), le célèbre peintre, fut un ami de Bloy à partir de 1904, mais ce dernier n'a jamais aimé sa peinture. Rouault lui demeura cependant fidèle et écrivit un poème sur Bloy publié dans les Cahiers Bloy.
* à mon ami Ricardo Vinès. Supériorité incontestable. Existe-t-il de pareils cochons en catalogne ?
* à mes bien aimés filleuls Pierre-Matthias et Pierre-Léon [Van der Meer de Walcheren], " Désespéré " peut-être avant de connaître mes filleuls, mais après...
Un des exemplaires sur Hollande hors commerce.
ÉDITION CRES
* à Adolphe Van Bever
Je ne vous dois pas seulement cette magnifique réimpression d'un livre que je croyais enterré profondément. Je vous dois aussi les suites heureuses qu'on peut en espérer. Vous aurez été ainsi le premier démolisseur de cette fameuse conspiration du silence dont je souffre depuis vingt-cinq ans. C'est une chose, cher ami, que je ne pourrais pas oublier [exemplaire de luxe sans précision]
Adolphe van Bever (1871-1927), bibliographe, érudit, édita avec Paul Léautaud la série des Poètes d'Aujourd'hui. Il tint un rôle important chez Crès dans la collection des Maîtres du livre, collection dans laquelle il publia des éditions critiques de Verlaine, Baudelaire, Ronsard, Rousseau. Il aida Bloy à y placer Le Désespéré.
* à Madeleine Bienvenu
Si ce livre plein de souffrance avait dix mille pages et que chacune d'elles exprimât un sentiment d'amour fraternel, il dirait imparfaitement ma tendresse pour la sœur très chère qui me fut envoyée, à soixante-cinq ans, par Ma Dame de Compassion
Madeleine Bienvenu (1868-?), sœur de René Martineau, fut une amie proche de Bloy, ainsi que sa bienfaitrice.
[p.50]
* Ma chère Véronique [Bloy], quand j'ai écrit ce livre, qui m'a rendu célèbre et que j'ai payé si cher, je ne connaissais pas encore ta mère. J'étais seul et très malheureux, mais non pas désespéré. Les chrétiens ne doivent pas l'être. Je désespérais des hommes, voilà tout. Un peu plus tard, ta mère est venue, et tu es venue. Alors, j'ai cessé de souffrir seul et j'ai pu, quelquefois, me réjouir dans les tourments.
* Ma chère Madeleine [Bloy], ce livre existait depuis dix ans lorsque tu es venue en ce monde. Nous avions eu déjà de très grands chagrins, ta mère et moi, ayant vu mourir tes deux petits frères, et ces chagrins s'ajoutaient, pour l'écrasement de mon cœur, aux peines énormes racontées ici. Quelle bénédiction pour nous fut ta naissance !
Véronique (1891-1956) et Madeleine (1897-1990), les deux filles de Léon Bloy.
* à ma chère Jeanne [Bloy], pour qu'elle se souvienne du blessé à mort que j'étais quand elle eut la charité de m'épouser.
* Mon cher Frédéric Brou il n'y a pas de désespéré, ni de désespoir quand on a un ami, fut-ce un miséreux et un proscrit tel que moi. Pensez à cela en relisant ce pauvre livre de douleur.
* à mon amie Valentine Dupont en la priant d'offrir ce papier à son mari pour l'encourager dans le commerce profitable de la littérature. C'est ainsi que j'ai fait ma fortune qui excite l'admiration et l'envie de tant de crapauds. J'avais à peine quarante ans lorsque j'écrivis ce livre d'une si étonnante précocité. Je ferai mieux à quatre-vingts, lorsque je serai mûr.
Valentine Dupont (Valentine Mas, Mme André) (1885-1922), journaliste et femme d'André Dupont, grand ami de Bloy ; elle fut une admiratrice enthousiaste de Bloy.
* Il vous manque d'être un de mes filleuls, mon cher Henri van Haastert, et il me manque d'être votre parrain. Mais, à défaut de ce lien spirituel, il doit y avoir, entre nous, une très lointaine ou très proche parenté d'âmes, à faire pleurer de compassion les saints anges qui nous ont enfin conduits l'un vers l'autre. J'ai senti cela dès la première heure.
Henri Aloysius Maria van Haastert (1887-1960), journaliste hollandais, ami de Pierre Van der Meer de Walcheren qui lui fit connaître Bloy en 1913 ; il fut le premier à écrire un livre sur Bloy en Hollande en 1917, du vivant de Bloy.
* à Élisabeth Joly
Pour qu'elle n'oublie pas que le pire tourment humain, c'est la soif de la grandeur et de la Beauté et qu'il y a de pauvres poètes qui souffrent de cette soif autant que peuvent souffrir des anges coupables. Ah ! ce n'est pas le mépris du monde qui les torture, c'est l'exil de la Maison paternelle et la nécessité pour ces malheureux de garder les cochons infâmes dont ils sont réduits à envier la nourriture. L'auteur du Désespéré a connu cette infortune excessive et il la connaîtra sans doute jusqu'à sa dernière heure. C'est pour cela qu'il mendie la pitié des cœurs sur les grandes routes et au coin des bois, étant, d'ailleurs, toujours armé jusqu'au dents.
[p.51]
* à mon ami Jean Faber, dit Eugène Lefebvre
En souhaitant à son héroïsme littéraire une récompense meilleure que la toile d'araignée des défenseurs de Huningue
* à Raïssa Maritain
Pour qu'elle offre elle-même ce livre au dédicataire in eremo, lequel a tellement grandi, depuis quelque temps, qu'il me paraît être encore plus mon frère que mon filleul. Nous sommes tous des convertis, des aveugles-nés que le Roi des Juifs illumine quand il lui plaît, et les saints solitaires qui l'adoraient à tâtons sous le soleil, avaient raison de penser que le Paradis est situé au fond du désert.
Maritain (Raïssa Oumançoff, Mme Jacques) (1884-1960), filleule de Bloy. Elle fut convertie par ce dernier, ainsi que sa sœur ; on lui doit de belles pages sur Bloy dans Les Grandes Amitiés.
* Mon très aimé René Martineau Pourquoi n'êtes-vous pas un nègre ? J'étais dans une île déserte et vous êtes venu à moi le premier un vendredi ! Or c'était précisément le Vendredi de Notre Dame des Sept Douleurs, fête de la Compassion de Marie, le 29 mars 1901. À cause de cela, très cher ami, et quelque soit votre couleur, vous serez jugé avec une grande compassion. * à mon somptueux ami, Alfred Pouthier
Exactement préfiguré par Leverdier qui n'eut jamais d'existence que dans la vision prophétique de l'auteur. Un unique Pouthier pour un Léon Bloy unique ! Voilà ce qu'il fallait à la fin, ce qui était demandé dans l'absolu.
Bloy fit également cadeau à Pouthier du manuscrit de la Préface de cette édition avec l'envoi suivant :
* à mon très cher ami Alfred Pouthier. Manuscrit de la préface pour l'édition Crès. Janvier 1912
* à mon cher Philippe Raoux
Ce récit véritable des douleurs anciennes, dont Dieu s'est servi pour fabriquer un écrivain qui accepterait de souffrir encore pour ceux qui ont eu compassion de lui trouvassent le paradis dans leurs cœurs.
Philippe Raoux (1876-1916), ingénieur des Mines, élève et ami de Pierre Termier, fut un des disciples de Bloy jusqu'à sa mort à Verdun en 1916. Bloy fut très marqué par cette disparition.
* à mon très cher ami, le doux et calme Pierre Termier, le dernier exemplaire qui me reste, après avoir servi les enragés et mécontenté quelques furieux. On fait ce qu'on peut et l'auteur du Désespéré, incapable de faire ce qu'il doit, est toujours le très pauvre décédé qui commence à peine de revivre après vingt-six ans de sépulture
Pierre Termier (1859-1930), un des plus grand amis de Bloy de 1906 à sa mort. Termier disait de cette amitié qu'elle était " l'honneur de sa vie ".
[p.52]
* à Jeanne Termier-Boussac
Qui a si généreusement parlé de moi. Cadeau médiocre d'un vieux bonze très pauvre visité par de trop rares pèlerins et qui fait trop peu de miracles. Ce livre est, d'ailleurs, sublime ou insupportable, selon le tempérament du lecteur. Son principal intérêt est de prouver que l'auteur venu au monde sous Louis-Philippe, quoique engendré sous les premiers Capétiens, a continué ce miracle en n'attrapant ses dix-huit ans qu'à l'aurore de la quarantaine. Ce cas exceptionnel est la seule explication à offrir de l'optimisme à rebours, mais réel et constant, de cet étrange Désespéré.
Fille du précédent, elle fut l'amie de Bloy, qui préfaça son livre Derniers refuges en 1910.
* à Christine van der Meer [de Walcheren]
Je t'offre la nouvelle édition de ce vieux livre dédiée à mes grands filleuls. Vieux, sans doute, puisqu'il fut écrit il y a plus d'un quart de siècle, mais quand même contagieux de jeunesse, puisqu'il est impossible de le lire, fût-on centenaire, sans revenir à dix-huit ans. L'auteur lui-même qui était déjà un amoureux sous les premiers Capétiens, commence à reverdir...La jeunesse est un oiseau fugitif qui retourne vers ceux qui souffrent pour chanter à leur agonie.
Christine Van der Meer de Walcheren (1882-1953), épouse de Pierre, le filleul de Bloy.
ÉDITIONS NON IDENTIFIEES
* Ma chère Juliette [Vignes]. Je vous aime gravement, profondément, et je tiens à l'écrire au seuil de ce livre de douleur par lequel vous m'avez connu tout dernièrement, avant beaucoup d'autres qui croyaient m'avoir lu depuis vingt ans. C'est donc pour vous que je l'écrivis, sans savoir, il y a un bon quart de siècle, de mon pavillon de mort et de misère de la banlieue de Paris. J'étais alors un abandonné parmi les abandonnés. Vous êtes, par conséquent, une très ancienne amie, une petite sœur très douce que dieu m'a envoyée à l'heure précise que lui seul savait, dès le commencement du monde. En vue de quelles décisions, qui pourrait le dire ? Ce que je sais bien, c'est que vous avez eu compassion d'un pauvre homme qui vous semblait avoir de la grandeur, quoiqu'il fût, en apparence, extrêmement éloigné de vous et cela, chère amie, soyez-en sûre, appelle des bénédictions infinies. [Ed. inconnue, Journal de Bloy, 18 avril 1910]
* à mon cher Georges [Vignes], très noble et très généreux compagnon d'une des plus aimables créatures que j'aie rencontrées dans mon aride carrière de mendiant ingrat. [Ed. inconnue, Journal de Bloy, 18 avril 1910]
Georges Vignes (1874 ?-?), médecin, et son épouse, couturière, furent de fidèles amis de Bloy jusqu'à une brouille survenue après des vacances en commun durant l'été 1911.
* à mon très cher ami Philippe Raoux, en souvenir des belle heure passées ensemble à Corps et à la Salette et en attendant le Paradis où on ne se quittera plus ; ce livre d'excessive douleur dont le titre n'est qu'une antiphrase. " Le désespoir porté assez loin ", a dit Carlyle, " complète le cercle et redevient une espérance ardente et féconde. "
[p.53]
* à Jacques, à Raïssa, à Véra. Ce livre étrange et broussailleux, mais saturé de douleur, vous montrera mieux qu'un autre, peut-être, mes bien-aimés, l'âme si magnifiquement torturée de votre parrain. Ce n'est pas une autobiographie, mais il n'y a pas une page qui ne soit vraie, au moins dans le sens énigmatique ou parabolique. Tels faits historiquement faux sont la traduction en similitudes et cruellement précise de certains épisodes à faire peur que je n'avais pas le droit de raconter. J'ai de tels secrets à garder et, depuis trente ans, un si lourd fardeau sur le cœur ! (relire la page 61 de Mon journal). À demain, à après-demain, à toujours.
Les " trois Maritain " ; Véra (1886-1960) était la sœur de Raïssa qui fut également convertie par Bloy.
* à mon incomparable ami Pierre Termier.
Voici ce fameux Désespéré revu et corrigé pour vous, tel à peu près qu'il sera présenté dans une édition future. Il n'y manque qu'une préface que je n'écrirai peut-être jamais.
D'autres livres venus plus tard sont mieux écrits ou plus fortement pensés, mais je crois qu'on a raison de me nommer toujours l'auteur du Désespéré. Il n'existe probablement pas de livre aussi complètement ingénu. Qualité merveilleuse que je ne retrouve plus dans aucun de mes tiroirs. Le titre, d'ailleurs, est une antiphrase pour cacher très mal l'optimisme le plus exalté. Vous l'avez compris, mon cher Termier.
Vous n'étiez pas alors entré dans ma vie et j'imagine que je vous aurais fait horreur. Il fallait, au temps marqué, que Ma Dame de Compassion daignât me présenter à vous. J'étais, à cette époque, déjà si lointaine, trop peu décemment vêtu.




![]()









Cet article est originellement paru dans Histoires littéraires n°1-2000, (pp. 38-53)aujourd'hui épuisé. Il est reproduit ici dans son intégralité.
Afin de permettre des citations précises, les numéros de page de l'édition papier sont intégrés au texte en rouge entre crochets, à l'endroit où intervient le changement de page.