La correspondance de Renée Dunan est pratiquement inconnue. Si son œuvre a de quoi surprendre, et aussi laisser sur sa faim, ses lettres, du moins pour les rares que nous connaissions, ne laissent pas de marbre : on en jugera sur les cinq lettres suivantes, que Renée Dunan adressa à Maurice Verne.
Grande est la liberté de ton de cette correspondance. Au début des années 20, peu de femmes, probablement, usaient d'une telle liberté d'expression : Renée Dunan cherchait-elle la provocation lorsqu'elle parlait de "pal quadrillé " ? Le rôle de Maurice Verne nous est assez peu connu pour en juger. Quel intérêt avait Renée Dunan à se montrer aussi franche et provocatrice envers un journaliste en instance de notoriété, pour lequel elle semble avoir servi de nègre au moins une fois ? L'influence des milieux dadaïstes ou anarchistes qu'elle fréquentait encore à cette date n'y était sans pas étrangère.
Nous sommes assez mal renseignés sur Maurice Verne. Une coupure de presse, signée Paul Reboux et non datée, publiée dans Paris Soir et conservée dans le Dictionnaire biographique des contemporains constitué par Gaston de Pawlowki (Collection de l'auteur) donne quelques renseignements qui, pour aussi fantaisistes qu'ils puissent être, permettent de mieux saisir la personnalité de Verne :
Maurice Verne, venu de Madagascar, a débuté à Paris très jeune, après avoir parcouru toute l'Europe. L'Intransigeant, l'Information, le Gaulois, le Petit Bleu, ont accueilli la collaboration de ce jeune homme mince, vif, merveilleusement renseigné sur toutes les corruptions irisées et chatoyantes de la vie parisienne.
Il aurait pu devenir businessman puisque, en 1914, le "syndicat de l'amidon" lui offrit très sérieusement une grosse somme d'argent s'il voulait interrompre une série d'articles, fort remarqués, en faveur du col mou. La question cessa brusquement d'être posée, car la guerre survint, la guerre dont l'unique bienfait fut de sauver les alarmes des blanchisseurs.
Maurice Verne a été le familier des augures du quai d'Orsay. C'est dans les cabinets et les salons diplomatiques qu'il documenta ses Rois de Babel. Mais il pratiqua aussi l'art descriptif. Sa pièce Les Mille et une Nuits, immense miniature persanne [sic], a été représentée à travers le monde durant trois années, sans interruption.
Rachilde a dit de lui : "Certains passages sont du Shakespeare." Séverine a écrit à propos des Rois de Babel : "Ce jeune homme de vingt-quatre ans possède l'un des talents les plus émouvant de l'époque." Maurice Verne, si l'on excepte les vendeurs d'amidon, n'a que des amis.


