Le théâtre est la plus simple des choses : trois planches suffisent à accueillir Antigone, Scapin ou Doña Prouhèze. C'est une expérience commune du théâtre et, depuis trente ans, Peter Brook se charge à grand fracas de nous démontrer à chacun de ses spectacles qu'il est lui aussi capable de tout faire avec rien et que, pour cette raison (entre beaucoup d'autres), nous devons le vénérer. Mais, même chez Peter Brook, ce rien, cette simplicité, sont d'une complexité extraordinaire. Pour nous montrer un homme seul et nu sur les planches, à quels savants artifices peuvent atteindre la construction de l'espace et les jeux de la lumière ! Cela peut entraîner dans l'esprit du spectateur un malaise ou même un déchirement, entre l'évidence de la simplicité et la conscience d'une invisible complexité.

Une magnifique démonstration de ce constat nous était fournie dans l'été d'Avignon, par le spectacle de Denis Marleau, directeur du Théâtre Ubu de Montréal. Cet homme de théâtre, dont le travail considérable commence à être bien connu en France, s'est fait remarquer davantage par le choix d'un répertoire que par une esthétique propre. Il s'intéresse à des textes littéraires qu'unit un rapport parfois secret, de Wedekind à Thomas Bernhard, de Kurt Schwitters à Picasso, de Jarry à Beckett : toujours, c'est d'une langue éprouvée qu'il s'agit, et de corps mis en péril.