Pour qui
flâne le long de la pittoresque « Nassau Street »,
rue principale de Princeton, petite ville du New Jersey, le temps semble mystérieusement
suspendu. Dans ce paysage et cette atmosphère du siècle dernier,
il oublierait presque quà quelque distance de là se trouve
un pôle industriel des plus dynamiques, centré sur les secteurs
chimiques et pharmaceutiques. Derrière cette apparente nonchalance,
se cache également lun des centres intellectuels et culturels
majeurs des États-Unis. Depuis 1756, date à laquelle ce qui
ne sappelait encore que le « College of New Jersey »
fut transféré de Newark à Princeton, la fameuse université
fait vivre et vibrer la ville : celle-ci est encore aujourdhui
le plus grand employeur de Princeton, et ses institutions, comme cet « Institute
for Advanced Studies » dont Einstein fut lun des membres
éminents, connaissent une renommée mondiale.
Sur le campus, cette vie intellectuelle gravite essentiellement autour de
la Bibliothèque de lUniversité de Princeton. Celle-ci
a occupé en réalité des lieux divers au cours des années.
Au moment du déménagement de 1756, deux malles de livres furent
convoyées par bateau, et les ouvrages furent initialement rangés
au deuxième étage de Nassau Hall. La collection sy trouva
rapidement à létroit et, de nos jours, lUniversité
dispose dun vaste réseau de bibliothèques (quinze au total),
qui illustre le succès de la philosophie de cette école appartenant
à la prestigieuse « Ivy League » laquelle
ne cherche pas tant à rivaliser avec les autres établissements
en termes quantitatifs quà offrir à létudiant
un enseignement et une bibliothèque de premier choix. Les dimensions
de la collection sont malgré tout impressionnantes. On est loin des
474 volumes des débuts, don du gouverneur royal de la Province, Jonathan
Belcher, en 1750, qui en constituaient le noyau. Aujourdhui, avec ses
six millions dimprimés, ses cinq millions de manuscrits et ses
deux millions dobjets non imprimés, la Bibliothèque de
lUniversité Princeton constitue lune des plus belles collections
des États-Unis, dautant plus remarquable quelle est presque
entièrement en libre accès pour les élèves et
les chercheurs, et, jusquil y a quelques années encore pour tout
Princetonien. Les fonds privés représentent une part essentielle
du budget des acquisitions, et certaines des plus riches collections proviennent
de dons danciens élèves ou danciens professeurs.
Le legs de Robert Garret en 1942, rassemblant 11 000 manuscrits, permit de
constituer lune des cinq plus grandes collections américaines
de manuscrits occidentaux du Moyen Âge et de la Renaissance, et la plus
vaste collection de manuscrits arabes aux États-Unis.