Le Silence de la mer de Vercors

Genèse d'un titre et révélation d'une image

 

Alain Riffaud

 

 

Lévi-Valensi & Bartfeld/Camus

Murphy, Cauvin & Lefrère/ Stupra

Riffaud/Vercors

Hélard/Chapuzot

Goujon/Dubus

Daulnay/Bernstein

Lassalle/vente Breton

Entretien / Gillois

Vaugeois/"Billy Record"

Marchal & Lecourt / Musée Mallarmé

Saint-Gérand/GDU portatif

Goldenstein/GDU portatif

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Ce titre emblématique, pour une œuvre qui fit entrer le livre en guerre le 20 février 1942, est curieusement frappé de mystère. Métaphorique à souhait, il ne livre rien a priori sur le contenu de la nouvelle qu'il coiffe. Comme si la clandestinité de l'opération déteignait, ou que le nom suggestif des Éditions de Minuit, autant que l'identité cachée de son auteur contaminaient le titre. On sait que Vercors (Jean Bruller, 1902-1991) ne dévoile le sens du titre que dans les dernières pages du livre ; et il le fait de manière explicite, en décodant précisément la métaphore : " Certes, sous les silences d'antan, - comme sous la calme surface des eaux, la mêlée des bêtes dans la mer, - je sentais bien grouiller la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent . "

Précision : c'est la perplexité de Claude Oudeville, l'imprimeur, qui convainquit Vercors d'éclaircir le titre de sa nouvelle, en ajoutant la ligne où il évoque la mêlée silencieuse des bêtes dans la mer. L'anecdote est piquante, puisque Claude Oudeville, retenu par l'intrigue de la nouvelle, se demandait s'il n'y avait pas une erreur : n'était-ce pas Le Silence de la nièce qu'il eût fallu imprimer ? Vercors lui-même fournit des indications sur la genèse de ce titre célèbre, mais il ne procéda jamais à la synthèse de ses différentes remarques, dispersées ici ou là dans son œuvre. Et même un lecteur averti ne pourrait certainement pas comprendre comment se forgea la métaphore s'il oubliait le dessinateur Jean Bruller. Est-il possible de découvrir non seulement les sources littéraires du titre, mais encore des images qui l'illustrent directement ? Des dessins existent, mais ils ont été jusque là dérobés à la vue des lecteurs. Nous voudrions les exposer ici pour la première fois.

Auparavant, faisons le point sur ce qu'avait dit Vercors, dans ses mémoires, à propos du titre de sa nouvelle. À l'automne 1940, alors que les premières feuilles clandestines, souvent éphémères, circulent sous le manteau, Pierre de Lescure et son ami Jean Bruller, qui voient le carré des écrivains du silence se réduire et la trahison progresser, cherchent une solution pour engager leur plume, dénoncer la propagande, et défendre l'honneur des lettres françaises. L'occasion se présenta avec la revue communiste La Pensée libre, fondée par Jacques Decour. Pierre de Lescure et Vercors devaient assurer la direction d'un second numéro, plus ouvert et affranchi ainsi de la direction du Parti. Lescure avait invité son ami à donner une nouvelle. Si la composition du numéro avait commencé dès le début de 1941, ce ne fut qu'au cours de l'été que Vercors commença de s'atteler à sa nouvelle, qui ne pouvait donc paraître que dans le troisième numéro de la revue. Le texte de Vercors fut achevé à l'automne . L'auteur cherchait alors un titre :