Hugo exotique

 

Sandrine Raffin

 

 

Garde/2003

Entretien/Chapon

Noguez/Noguez

Delon/Baudelaire

Meunier/Char

Décaudin/Apollinaire

Lonjon/Carco

Petipas/Les escargots

Hartje/Radio

Raffin/Hugoxotique

Lacroix/Netthéâtre

 

 

 

 

 

 

 


 

Exotique, Hugo ? Oui, si l'on en croit une certaine production théâtrale du bicentenaire. L'auteur des Orientales, qui n'a jamais mis les pieds en Orient et encore moins en Afrique, a été le mieux célébré par des comédiens africains ou d'origine africaine - le mieux, ou au moins de la façon à la fois la plus originale et la plus pertinente. Que l'on se souvienne de Rachida Brakni, reine lumineuse de Ruy Blas à la Comédie-Française : si le choix de remonter Ruy Blas n'était pas des plus neufs, celui de l'actrice l'était (cette production, dans la mise en scène de Brigitte Jaques, se poursuit jusque fin avril 2003). Mais le pari théâtral le plus intéressant de cette commémoration a été la mise en scène de Mangeront-ils ? par Julien Téphany, avec des comédiens maliens et des musiciens burkinabés. Celle-ci a eu très peu d'échos dans la presse, malheureusement , mais le public, y compris hugolien, s'est déclaré enchanté. Le choix de la version africaine révèle la portée mythologique de cette pièce du Théâtre en liberté, en éclairant d'un jour nouveau, inattendu mais évident, nombre de ses aspects : les relations de la sorcière Zineb et d'Aïrolo avec la nature, la peinture du pouvoir et la question, centrale, de la faim. L'imaginaire hugolien y apparaît simple et comme revivifié. Cette pièce de Hugo, souvent comparée au Songe d'une nuit d'été, peut bien sûr être lue comme relevant de la fantaisie ou de la féerie : il faut bien plus la considérer comme un conte, un récit de portée universelle - ce que permet le parti pris de Julien Téphany de la réinsérer dans une culture orale. Mais l'interprétation africaine de cette pièce - le metteur en scène l'a sous-titrée Hugo l'Africain - a d'autres conséquences, en particulier sur le sens de la pièce.

Ce spectacle, créé durant l'été 2002 à Bamako, a été monté à Paris au Théâtre Silvia-Monfort du 20 septembre au 16 novembre, puis à la Comédie de Saint-Étienne du 26 au 29 novembre ; l'aboutissement de cette production a été sa présentation au Festival des Réalités, à Bamako, du 13 au 21 décembre. Un décor blanc, sans fioritures, ponctué de quelques bidons totémiques, accueille les comédiens-danseurs, en costume africain, et les joueurs de cora, de djembé et de balafon ; la simplicité du plateau renforce les quelques éléments symboliques privilégiés par le metteur en scène - les masques et la grande étoffe rouge reliant les amants. Cette mise en scène a été peu commentée sinon mal reçue, à quelques exceptions près . Frédéric Ferney, dans Le Figaro , considère cette pièce comme " une sorte de cantilène folklorique " où la diction des comédiens, rendue difficile par les masques et par leur accent, constitue un obstacle à la compréhension ; de même, le choix de la danse nuirait à la clarté et au sens.