


Harvard incarne jusqu'à la caricature le souci de modestie et de sérieux de la véritable aristocratie, celle qui a su préserver depuis 1636 à la fois la pratique innée des bonnes manières et l'art de gérer discrètement une immense fortune. Si l'on joint à cela ce qui reste des origines de Harvard College comme école de théologie, on comprendra comment richesse et bon goût s'allient pour faire marcher ce qui demeure l'une des plus extraordinaires machines de savoir et de pouvoir que l'histoire ait produites. En n'admettant que 2 000 étudiants environ chaque année sur les 18 000 candidats parmi les plus brillants du pays (et d'ailleurs), Harvard s'assure une place de choix dans la reproduction des élites sociales et intellectuelles. Celles-ci ont donc tout naturellement à leur disposition des ressources inconnues ailleurs, particulièrement en ce qui concerne les bibliothèques. Parmi celles-ci, deux peuvent intéresser plus particulièrement les lecteurs d'Histoires Littéraires, la Widener Library et la Houghton Library.
Widener est un beau bâtiment solennel, à la grecque, en position stratégique sur le Yard. C'est la bibliothèque d'intérêt général où se trouve concentré l'essentiel de la collection en littérature française, hors les manuscrits et les livres rares. Le libre accès aux rayonnages permet de découvrir la richesse de ses ressources. Une bonne partie de ce que l'on y trouve figurerait ailleurs à la réserve ou aux collections spéciales. Le très petit nombre d'étudiants spécialisés et la quasi-disparition de tout intérêt de la part de la plupart des enseignants américains pour les recherches d'histoire littéraire garantissent une solitude profonde et un accès sans concurrence à des trésors sans nombre. Quelques sondages effectués dans le catalogue informatisé (HOLLIS) permettra de s'en convaincre : http://hollisweb.harvard.edu/. On comprendra ainsi où un Paul Bénichou (autrefois professeur à Harvard) a trouvé une bonne part de sa documentation.

