
Les
Carnets de P.-B. Gheusi
Les pages qui suivent ne sont pas, à proprement parler, inédites, puisque Pierre-Barthélemy Gheusi sest servi de celles-ci pour composer certains chapitres de ses quatre volumes de mémoires parus chez Plon entre 1939 et 1942 sous le titre Cinquante ans de Paris. Mémoires dun témoin. Lintérêt que lon peut trouver à restituer ce texte, cest quil se présente à létat brut, témoin de linstantané, sans les raccourcis et les coupes que son auteur jugea utile dopérer un demi-siècle plus tard. Le manuscrit donne les dates précises des rencontres faites par lauteur, dont labsence est souvent dommageable dans le texte imprimé. Ces écrits se présentent sous forme dun journal dun carnet, plutôt où alternent impressions du jour, relations de rencontres, lettres, poèmes, articles, pièces de théâtre et études diverses. Il ébauche la personnalité de ce jeune provincial pourvu de quelques talents et résolument sans complexe.
Fils de banquier castrais, Pierre-Barthélemy Gheusi est né le 21 novembre 1865 à Toulouse. Étudiant en droit dans sa ville natale, il rencontre Laurent Tailhade, qui léblouit. Lointain cousin de Gambetta, il est attiré par laction politique en faveur de la fragile république : en 1889, il se retrouve à Castres aux côtés de Jaurès, qui nest pas encore converti au Socialisme, pour lépauler dans sa campagne des élections législatives. À Paris, il fait partie, sous le nom de Norbert Lorédan, des ultimes gonfaloniers du mouvement décadent. Passionné dhéraldisme, il est lélève de lérudit Augustin Tailhades. Un temps chef de cabinet de Léon Bourgeois à la Préfecture de la Marne, il ne sengagera jamais vraiment dans un parti mais fréquentera les antichambres des ministres radicaux et modérés. Si Poincaré, Barthou et Deschanel sont ses amis, il nourrit une profonde antipathie à légard de Clemenceau, qui le lui rend bien. Outre quelques missions diplomatiques officieuses, notamment au Venezuela, il consacrera son existence au journalisme et à la direction de théâtres : lOpéra quil codirige avec son ami Pedro Gailhard, lOpéra-Comique de 1914 à 1918, puis de 1933 à 1936, le Théâtre lyrique du Vaudeville de 1919 à 1920. En 1897, Arthur Meyer lui confie la responsabilité du supplément illustré du Gaulois. En 1899, il rachète la Nouvelle Revue à Juliette Adam. La guerre venue, il est officier dordonnance de Gallieni. En 1922, il est directeur du Figaro, et ce jusquà ce quen 1932, le parfumeur Coty, propriétaire du quotidien, lui rende la vie impossible. Il meurt le 30 janvier 1943, laissant des ouvrages dérudition, des romans, des mémoires, des livrets dopéra, des pièces de théâtre et des recueils de poèmes.
Le carnet débute au moment où le jeune Gheusi arrive pour la première fois à Paris, en janvier 1889.

