Ephraïm Mikhaël : « L’implacable désir du Beau »

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

Michel Pierssens

 


 

Les jeunes poètes furent nombreux, dans les années 1880, à travailler à la construction d’un monde de mots, d’images, de rêves, que nous identifions aujourd’hui au Symbolisme et dont nous commençons à percevoir toute la cohérence et toute l’ampleur. Grâce aux récentes éditions qui ont ramené l’attention sur son œuvre et révélé des textes inconnus ou peu connus, Ephraïm Mikhaël apparaît aujourd’hui comme un maître. Le jugement de ses pairs, qui voyaient en lui le plus doué des poètes de sa génération, trouve la confirmation de sa validité dans la richesse de sa prosodie, la rigueur de ses récits, la complexité de son univers thématique. Un mélange très personnel d’absolue sincérité dans la quête de l’Idéal et d’ironie sceptique sur cette quête confère à son style un ton unique, constitué à la fois d’élan et de retenue, et à sa poésie une somptuosité verbale contenue par une constante précision métrique. Tout ce qui pourrait apparaître comme tics d’époque se trouve chez lui ressaisi dans une expression où se marque une personnalité décidément singulière.
Son itinéraire aura été bref. Assez long cependant pour qu’il nous soit permis d’en percevoir les évolutions et d’en apprécier le progrès, depuis les premiers poèmes de sa jeunesse jusqu’aux dernières corrections dont il retouchait sans cesse des textes qui expriment, juste avant sa mort, une maturité littéraire en plein épanouissement.
Le jeune Georges Michel, comme beaucoup d’autres de sa génération, s’est sans doute découvert la vocation poétique à la lecture de Victor Hugo. Il y a puisé le goût de composer des vers et plus encore peut-être les moyens d’un recours et d’une protestation contre un présent refusé. C’est donc au nom des espérances qu’incarnait Hugo que le jeune poète des années 1880 veut lutter contre un siècle qui le presse de s’abandonner à la décadence qui le mine :

Sur le siècle qui meurt plane une âpre tempête.
Le vieux monde frémit comme un palais en feu ;
Et vers les astres d’or levant en vain la tête,
Dans le grand ciel désert on ne sait plus voir Dieu.

À l’horizon noir qu’on lui promet, Michel devenu Mikhaël oppose par la rime L’Espoir qu’il remercie Hugo d’offrir aux jeunes et peut, en s’adressant à lui, lui confier : « Je viens me reposer à ton ombre, ô mon père. » Hugo peut donc bien être l’inépuisable réserve de modèles poétiques que chacun imite et chez qui l’on apprend le métier du vers, il est plus encore pour Mikhaël celui qui incarne la résistance aux compromissions qui peuvent avilir l’Idéal. Cela ne va pas sans doutes ni angoisses, comme en témoigne Notre-Dame de Paris xxe siècle. Toute la démarche poétique de Mikhaël oscille ainsi, de ses premiers à ses derniers textes, entre l’adhésion enthousiaste à un présent vivant pénétré de sensualité heureuse et un effroi révolté contre la Mort partout menaçante. Il y a bien sûr encore beaucoup de convention dans la thématique amoureuse souvent présente dans sa poésie, et l’on y retrouve de nombreux souvenirs un peu livresques, rendus plus aigus cependant par l’influence de Baudelaire, comme dans Pour celle qui est triste, qui est daté de juin 1885.