Andrea Oberhuber

 

 

HL 17

 

ND de La Garde/2004

Entretien/Deguy

Murphy/Rimbautographe

Le Roux/Eluard

Laster/Bicentenaire Hugo

Guichon/Roux-Rennéville

Macé/Fabula

Oberhuber/Bibliothèque Marguerite-Durand

 

 

 

 

 

 

 


 

« Au théâtre de la mémoire, les femmes sont ombre légère. » Pour combler cette lacune, Marguerite Durand décida de laisser des traces à ce théâtre. Consciente de l’importance de la memoria féminine à une période charnière où les enjeux sociaux allaient permettre la redistribution des cartes, elle trouva le moyen de s’imprimer dans la mémoire collective en léguant à la postérité sa bibliothèque personnelle. Le 28 décembre 1931, dans une lettre au Préfet de la Seine, elle confirma son intention de céder à la Ville de Paris sa « bibliothèque féministe », c’est-à-dire les collections qu’elle avait assemblées depuis 1897. Comme le don était important – dix mille livres, plusieurs milliers de brochures, des collections de journaux et de revues, des autographes, des portraits et des affiches –, elle réaffirma les conditions préalablement négociées en insistant sur les aspects pragmatiques de son projet :

Cette bibliothèque sera installée dans les locaux de la mairie du Ve arrondissement. Elle portera mon nom. J’en serai la bibliothécaire à titre gratuit ma vie durant. J’en aurai la direction. La Ville de Paris voudra bien, de son côté, assurer les frais d’entretien, d’éclairage, de chauffage, et prévoir un crédit suffisant pour le personnel destiné à m’aider dans la gestion de cette bibliothèque, ainsi que pour les frais accessoires d’exploitation.

Dans sa lettre de remerciement, le directeur des Beaux-Arts de la Préfecture de la Seine souligna la générosité que représentait ce « don considérable qui permet de doter la Capitale d’un centre de renseignements unique sur la question féministe ». Fut fondée peu après, afin de « donner son appui moral et matériel » à la nouvelle bibliothécaire-donatrice, une Société des Amis de la Bibliothèque Marguerite-Durand, dont le but déclaré était de l’aider « dans sa mission en la faisant mieux connaître, en lui amenant de nombreux lecteurs, en attirant à son bénéfice les libéralités de tous ceux qu’intéresse l’évolution intellectuelle et sociale, le féminisme étant une doctrine de progrès humain ». L’envergure du projet (sa précarité aussi ?) semble avoir nécessité ce soutien officiel placé sous la présidence d’honneur de Mme Avril de Sainte-Croix, déléguée des Associations féminines à la Société des Nations, et de M. Villey, préfet de la Seine, qui avait succédé à Édouard Renard, ami personnel de Marguerite Durand et son plus attentif auditeur dans l’élaboration de son projet de bibliothèque.

De mémoire de femme :
la Bibliothèque Marguerite-Durand