Début de millénaire

 

Dominique Noguez

 

 

Garde/2003

Entretien/Chapon

Noguez/Noguez

Delon/Baudelaire

Meunier/Char

Décaudin/Apollinaire

Lonjon/Carco

Petipas/Les escargots

Hartje/Radio

Raffin/Hugoxotique

Lacroix/Netthéâtre

 

 

 

 

 

 

 


 

AVERTISSEMENT

Publier un extrait de journal est une aberration. Pas seulement parce que publier, en général, est une dinguerie et que publier, en particulier, un journal de son vivant est une folie. Mais aussi parce que, fragment oblige, c'est s'exposer à donner une idée fausse de soi - de ses sentiments et de ses opinions -, puisque ce sont ceux d'un moment, qui pourront être contredits ou, au moins, mieux compréhensibles à d'autres moments ; et à se brouiller avec tel ou tel, dont telle anecdote risque de montrer un mauvais côté, quand telle autre, avant ou plus tard, en aurait montré un bon. Pour parer à ces inconvénients, on pourrait être tenté de faire une sélection. Mais ce serait tomber dans des inconvénients encore plus graves : le traficotage et la dissimulation, tout à fait incompatibles avec le pacte de vérité - l'insensé pacte de vérité ! - qui est, explicitement ou implicitement, au fondement de toute entreprise journalière. Dans ces conditions, et puisque Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens m'ont fait l'honneur d'insister pour avoir un échantillon de ce journal commencé en 1961, j'ai décidé d'en donner un fragment complet, si je puis dire - c'est-à-dire sans coupure, quoi qu'il m'en coûte - et de le choisir avec une espèce de nécessité dans l'arbitraire : j'ai pris, en l'occurrence, dans son intégralité, le mois qui a suivi notre entrée dans le troisième millénaire.

 

Lundi 1er janvier 2001 0 heure et quelques. J'allais me coucher, et quelques pétards dans la rue, puis je ne sais quel frémissement dans les mornes émissions télévisées entre lesquelles je zappais et somnolais m'ont rappelé qu'on allait changer de jour, d'année, de siècle, de millénaire. J'avais depuis quelques années un peu d'appréhension, me demandant si je franchirais le cap, si je serais un écrivain du XXIe siècle ou serais éternellement confiné au triste siècle qui m'a vu naître. Eh bien, c'est fait. Enfin, façon de parler, car le plus dur reste à faire. Dehors, il pleut mollement, une cloche d'église a vaguement sonné au loin un bref instant, il y a, entre celui des gouttes, comme un bruit de feu d'artifice raté : le millénaire change, mais la vie, la grise vie, suit son cours. Au dodo ! 13 h. On touche aux neurones, aux gènes, aux corps, au climat, aux astres : de plus en plus, ce qui semblait échapper aux hommes dépend d'eux. Le mal d'absurdité (dans les mots de Jankélévitch) devient peu à peu mal de scandale - réformable, donc. Un jour viendra (peut-être) où l'homme sera totalement responsable de la Création.