

Plagiat et littérature: associer les deux termes ne relève aucunement de la provocation, même si le sujet, encore tabou aujourd'hui, indispose. Il remet en cause le statut quasiment sacralisé du créateur, statut hérité de la conception romantique de l'écrivain inspiré, génial ou maudit, du XIXe siècle. Certes la notion de plagiat remonte à l'Antiquité mais elle ne prend sa dimension moderne qu'avec l'émergence de la notion d'individu au XVIIIe siècle, et surtout avec l'affirmation d'un Moi créateur, unique et original, au siècle suivant. De fait, les premières règlementations juridiques sur la propriété littéraire font leur apparition avec la Révolution française, au moment où s'effondre le système des privilèges accordés par le roi à certains libraires ou éditeurs. Rappelons, à cet égard, que l'accord d'un privilège - droit exclusif d'imprimer- n'avait pas pour objectif de protéger le travail de sauteurs mais l'investissement financier des imprimeurs dans un matériel coûteux. Ce fut par la suite un moyen efficace pour contrôler les publications et la circulation des oeuvres, le privilège accordé pour telle ou telle oeuvre étant utilisé comme un outil de censure.
Aujourd'hui, la question du plagiat doit être appréhendée sous trois angles, qui font chacun l'objet de nouveaux enjeux. Nous nous intéresserons tout d'abord à sa dimension purement littéraire, en insistant sur la nécessité d'une typologie des différentes formes d'emprunt; puis nous analyserons la dimension sociologique des pratiques plagiaires, l'ampleur du phénomène et ses causes. Enfin, on soulignera la nécessité de faire évoluer le droit d'auteur.


