Le Masque du tragédien
Réflexions sur quelques portraits de Mounet-Sully

 

 

 

Dossier Allais

Caradec/Lebeau, Debussy et Satie

Caradec/ correspondance

Pierssens/Québec

Lair/titres

Chauvelot/lettres conjugales

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Masanès/Mounet

Entretien/ Ubersfeld

Fagot/Giono

 

 

Fabien Masanès

 


 

La figure du comédien Jean Mounet-Sully reste gravée dans la mémoire de son pays natal. Par une sorte d’enchantement, la ville de Bergerac incarne le lieu de la révélation. C’est là que, pour la première fois – à l’âge de quatorze ans – le jeune Mounet-Sully vit l’acteur Ballande réciter les stances de Polyeucte. Le comédien raconte cet épisode dans ses souvenirs, comme si, avec le temps, il était devenu le point de départ de sa vocation. Cette attirance pour le monde des tréteaux lui sera aussi transmise très vite par son père, qui est un passionné de théâtre et un comédien amateur. Nous retenons de ses premières années l’image d’une jeunesse plutôt dorée, où le jeune homme se montre un élève rêveur, plein d’imagination et de dispositions pour la carrière artistique. C’est à l’âge de vingt-six ans qu’il se décide à quitter définitivement son pays. Pour cela, il a dû convaincre sa mère de la passion qui l’anime. Après un bref passage au Conservatoire, il connaît ses premiers succès. Au fil des années, ses talents et sa renommée ne feront que s’accroître, favorisant et justifiant le récit de la naissance de la vocation.
Les instants passés dans la ville natale prennent tout leur sens au sein d’un récit biographique, comme le prouve celui que donne Jean Dalba des frères Mounet. Cette idée d’une appartenance au pays d’origine y est très prégnante. Ainsi ne nous paraît-il pas nécessaire de revenir sur ce point, mais plutôt d’analyser l’image que les contemporains avaient de Mounet-Sully, notamment à travers le dessin satirique. Durant cette période-charnière de la fin de siècle, les charges représentant le tragédien correspondent-elles à son portrait tel qu’il est proposé dans les biographies des années après et font-elles usage, avec la même fécondité, de cette forme de passage obligé dans le récit du comédien « monté » à la capitale pour embrasser la carrière artistique ?
Pour avoir recensé quelques-uns des portraits les plus représentatifs de Mounet-Sully, nous pouvons affirmer que les allusions ou les mentions de cette appartenance à la ville de Bergerac demeurent le propre du travail hagiographique. En effet, les caricaturistes ne se sont pas attachés à cet épisode de la vie du comédien avec la même insistance. Il faut bien dire, pour tenter d’expliquer ce manque, que l’idée d’une appartenance n’est pas vraiment en jeu dans la pratique de son art, comme c’est le cas, par exemple, dans les tableaux de Courbet ou les romans de George Sand. Tout au plus, il reste l’enfant du pays qui, par son accent – pourtant bien plus discret que celui de son frère – évoque le terroir. Il n’y a donc pas de réel enjeu artistique ou esthétique, pour ce dramaturge, dans la revendication de ses origines. Les dessinateurs de presse l’ont bien compris, qui ont vu dans la figure de Mounet-Sully un comédien-type, parfait dans son rôle de représentant illustre d’une tradition : celle de la Comédie-Française, qui, depuis 1680, rassemble et associe les meilleurs comédiens aux fins de préserver un répertoire prestigieux. Les signes extérieurs d’alors, qui faisaient d’un tragédien une figure remarquée, sont attentifs à la mythologie et à l’histoire même du théâtre. La vie parisienne encore tout imprégnée de l’éclat du Second Empire, où les mondains et les bourgeois se côtoyaient à l’orchestre ou dans les balcons du Théâtre-Français, joue un rôle incontestable.