Idées neuves et vieux papiers

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

Michel Pierssens et Hugues Marchal

 


 

LL’histoire littéraire s’alimente à des sources qui ne sont pas près de tarir : les greniers regorgent de vieux papiers, oubliés ou négligés, restes d’abord banals de la graphomanie incurable qui afflige l’humanité imaginante depuis toujours, mais que le Temps transforme peu à peu en documents diversement précieux (la plupart demeureront sans intérêt). Mémoire à éclipses que peuvent parfois réveiller les fouineurs de hasard comme les chercheurs résolus, et dont il s’agit alors de convertir les contenus afin qu’ils reprennent forme et intelligibilité pour que les cerveaux contemporains puissent y comprendre quelque chose. Ainsi se remodèle incessamment ce que nous pensions savoir et comprendre du passé.
La chose ne se fait cependant pas toute seule. Le problème que pose le constant renouvellement du flux documentaire, c’est que les cerveaux dont nous parlons ne sont pas tout à fait aussi riches d’idées neuves que les greniers le sont en archives potentielles. On a sans doute beaucoup travaillé depuis deux siècles et ce qui n’était que bouts de papier a changé plusieurs fois de statut : les manuscrits et les correspondances ne sont plus de simples primes offertes à la curiosité grâce à leurs détails biographiques piquants ou à des « variantes » plus ou moins intéressantes, rejetées en note. Les œuvres retenues par la mémoire collective sont aussi bien mieux comprises, de l’intérieur (par l’étude attentive de la langue, du style, de la forme) comme de l’extérieur (par l’étude biographique, sociolo-
gique, génétique, etc.). Mais il faut convenir que ces avancées ne se font pas en un jour et sont l’affaire des générations successives, chacune apportant une vision nouvelle de la littérature et, par conséquent, une construction du passé qui le remanie à chaque fois. Il y a là deux temporalités très différentes.
En caricaturant un peu, on pourrait dire que le flux documentaire est à peu près continu et ne connaît que des saccades limitées, là où la novation (comme c’est toujours le cas, quelque soit le domaine considéré) suppose des changements de paradigme profonds, seuls susceptibles de faire émerger des façons différentes de comprendre les œuvres, leur mode d’être ou leur signification. L’histoire littéraire elle-même a résulté, en son temps, d’un renversement paradigmatique et ce qu’elle est en train de devenir, après avoir dû accepter de se réformer sous la pression de disciplines concurrentes, peut également déboucher sur un réaménagement majeur de la perspective. Le dix-neuvième siècle d’aujourd’hui n’a déjà plus grand-chose à voir avec celui de nos prédécesseurs, et le vingtième commence à peine à former une image identifiable.