Le musée départemental Stéphane Mallarmé

 

Bertrand Marchal, Vincent Lecourt

 

 

Lévi-Valensi & Bartfeld/Camus

Murphy, Cauvin & Lefrère/ Stupra

Riffaud/Vercors

Hélard/Chapuzot

Goujon/Dubus

Daulnay/Bernstein

Lassalle/vente Breton

Entretien / Gillois

Vaugeois/"Billy Record"

Marchal & Lecourt / Musée Mallarmé

Saint-Gérand/GDU portatif

Goldenstein/GDU portatif

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

L'arrière-boutique d'un bouquiniste ? La caverne d'Ali-Baba ? Le grenier d'un aïeul ? Un cabinet de curiosités ? Les clichés se pressent dès qu'il s'agit de décrire le fonds Henri Pollès. Et l'inévitable " inventaire à la Prévert " vient à l'esprit si on commence à énumérer : " Le Guide des plaisirs à Paris de 1905 - un exemplaire sur Hollande, destiné à l'auteur, de La Sorcière de Victorien Sardou - une reliure romantique - des photographies de Sarah Bernhardt par Reutlinger - les Mémoires de Casque d'or - un télégramme d'André Breton - des images publicitaires Lefèvre-Utile - le Pater illustré par Mucha - encore une reliure romantique - Cendres et poussières de Renée Vivien - des lettres de Raymond Queneau - un livre de cuisine - une autre reliure romantique… " et soudain, on s'arrête, ce n'est pas possible, il faudrait trouver un thème, une idée directrice : un bibliophile ne collectionne pas à la fois des éditions rares et des articles découpés dans La Vie parisienne ou dans Paris-Match

Eh bien si ! Tout cela a été rassemblé (et bien d'autres choses, précieuses ou banales, toujours hétéroclites) par un personnage fantasque qui, un siècle plus tôt, aurait pu inspirer Balzac. Un cousin Pons amoureux des livres, mais aussi des affiches, des reliures, des objets, des cadres, des dessins ; une " pie voleuse " qui ne résiste pas à une page imprimée (qu'importe la revue à laquelle elle est arrachée), qui garde tout, aussi bien le bel exemplaire d'Aphrodite sur Japon avec une reliure incrustrée de médaillons signés A. Calbet que l'édition populaire ; un " glaneur ", comme ceux que filme Agnès Varda, qui ramasse tout ce qui est imprimé, et peu importe s'il s'agit de revues incomplètes ou de collections dépareillées. Il y a du Léautaud chez Pollès, à ceci près qu'il ne recueille pas les chats à la rue mais les livres, même ceux qui finissent leur vie dans quelque foire aux vieux papiers. Il est né à Tréguier (Côtes d'Armor) le 13 juillet 1909 et passe ses jeunes années à Nantes, collectionnant tout ce qui lui tombe sous la main, les timbres, les cartes postales, les boîtes d'allumettes, comme tous les petits garçons. La seule différence, c'est que lui, il ne renoncera jamais à cette passion. Il se rêve d'abord poète mais ses vers n'intéressent aucun éditeur ; il se veut philosophe et pédagogue, passe sa licence puis renonce à l'enseignement. En 1932, Sophie de Tréguier, son premier roman publié chez Gallimard, reçoit un accueil chaleureux de la critique : il obtient le Prix populiste en 1933. On l'a préféré à Céline dont le Voyage au bout de la nuit n'a eu qu'une voix. Brillant début que ne suivent pas d'autres succès. Pour vivre, Pollès se tourne vers le journalisme. Ses nouveaux livres, L'Ange de chair (1934), Les Gueux de l'élite (1935), passent inaperçus. Et ce qui est pire, il lui arrive à deux reprises de manquer le prix Goncourt en 1945 et en 1964. Faut-il s'étonner s'il remâche ses déceptions et son amertume dans le Journal d'un raté ?