
Une amitié de Mallarmé: Ernest Chatelain
Nicole Laval-Turpin/les poétesses
J.-J. Lefrère/ EPhraïm Mikhaël
Guy Ducrey/pantoufle et soulier
Jean-Louis Jeannelle/maison de Balzac
L. Doumens et S. Vachon/la Vendetta
Le 11 avril 1864, Stéphane Mallarmé ajoutait dans la marge d'une lettre à Albert Collignon : " Le Chevalier de Chatelain, un mauvais poète français habitant à Londres, a promis de s'abonner à la Revue . L'a-t-il fait ? " C'est une des rares mentions, dans la correspondance de Mallarmé, de ce personnage qui était son aîné de près de quarante années et allait devenir un ami fidèle et attentif à tous les événements de sa vie. Comment a pu naître et durer plus de vingt ans cette amitié entre Jean-Baptiste François Ernest Chatelain, homme au caractère violent qui fulminait contre toutes formes d'autorité et connut nombre d'aventures, et le jeune Mallarmé qui rêvait de " la musique du silence " et d'une existence " à l'écart et blotti " ? Pourquoi ce dernier, qui était déjà conscient de son génie, a-t-il entretenu ce long dialogue avec ce " mauvais poète " qui persistait à lui envoyer des vers d'une effarante niaiserie ?
Une notice du Dictionary of National Biography et une autre du Biographe précisent que le (faux) chevalier de Chatelain est né à Paris le 19 janvier 1801 dans une famille de dentelliers ruinée par la Révolution. Quoique destiné au notariat, il préfère vivre de sa plume et travaille comme journaliste dans divers journaux de province. Ses articles sont souvent hargneux, provocants, voire injurieux envers des ennemis réels ou imaginaires. Un moment, sous la vindicte de quelques notables et religieux, il part trouver refuge à Londres, où, à peine arrivé, il fonde un hebdomadaire diffusé dans la colonie française locale, Le Petit Mercure , qui devient quelques mois plus tard Le Mercure de Londres. Un an après, Chatelain âgé de 27 ans part à pied pour Rome avec le projet de se pencher sur la biographie et sur l'œuvre du pape Léon XII. Il y trouve de fait la matière d'un livre, Rambles in Rome, qui sera publié à Londres en 1852.
Une mesure d'amnistie générale lui permettant de regagner sa patrie, Chatelain participe aux Trois Glorieuses - c'est du moins ce qu'il prétendra. Avec un associé, il dirige un très éphémère Propagateur, Journal de la Gironde , qui ne dure que deux mois, assez longtemps cependant pour lui permettre de s'en prendre au nouveau roi Louis-Philippe : " Les Chambres n'avaient pas le droit d'élire un roi, et surtout pas d'accorder à un roi, ce soi-disant citoyen, une liste civile aussi énorme. " Chatelain est aussitôt arrêté, jugé par la Cour d'assises de la Gironde et condamné le 5 mai 1831 à six mois de prison et à une amende de 1320 francs. Relâché au bout de trois mois pour raison de santé, il prend le chemin des proscrits, séjournant en Belgique, en Hollande et à Guernesey, avant qu'une nouvelle amnistie lui rouvre le chemin de Paris.
