



En 1999, le centenaire, anticipé d'un an, de la naissance de Robert Desnos a eu pour effet secondaire une montée de haine contre Céline. C'est à croire qu'on ne sait plus juger à présent de la moindre parcelle de littérature du XXè siècle sans se référer à un auteur dont la puissance expressive, considérée comme un poison, est convoquée à l'effet de repoussoir. Même lorsqu'il s'appuie sur des faits clairement établis, et c'est le cas du bref affrontement entre Desnos et Céline en mars 1941, ce système de "bonnes moeurs" littéraires produit immanquablement des démonstrations tronquées et tendancieuses, et ne produit que cela. Rien d'étonnant à ce que les deux pôles, l'objet d'horreur comme l'objet d'admiration, soient également atteints par des discours qui, de plus, s'enveloppent fréquemment d'un scientisme pernicieux. Là où une indignation préfabriquée est la première donnée d'analyse, rien ne peut activer une recherche sérieuse. Elle devient inutile, puisqu'il suffit, pour faire état du grand état de pureté d'un écrivain, d'afficher le degré de nuisance correspondant incarné par Céline. J'ai l'intention de montrer que l'innocent Desnos et le monstrueux Céline sont deux fabrications aussi vaines l'une que l'autre. En littérature et en art en général, nul n'est pur ni impur.
