Francis Carco et les trois André

 

Bernard Lonjon

 

 

Garde/2003

Entretien/Chapon

Noguez/Noguez

Delon/Baudelaire

Meunier/Char

Décaudin/Apollinaire

Lonjon/Carco

Petipas/Les escargots

Hartje/Radio

Raffin/Hugoxotique

Lacroix/Netthéâtre

 

 

 

 

 

 

 


 

Parmi les nombreux amis de Francis Carco, le prénom André fut sans doute l'un des plus répandus. Ainsi en alla-t-il des écrivains et poètes - Salmon, Rouveyre, Négis, Billy, Beucler, Fontainas, Suarès, Malraux, Breton, Ruyters, Picard, Du Frénois, Warnod, Maurois, Gide, Frénaud, Mandiargues, Thirion, Arnyvelde - ainsi que des peintres - Derain, Dignimont. Les vingt lettres d'André Salmon que nous présentons ici couvrent la période la plus riche de la vie littéraire de Carco - 1919 à 1954 -, celle où il avait délaissé les hauteurs de Montmartre pour les bords de Seine. Ce sont des instants d'amitié sans cesse renouvelés, où l'épistolier évoque tout à tour ses projets professionnels, ses souvenirs, ses déplacements journalistiques et son mal-être. Parfois il s'agit de demander une recommandation pour un ami peintre ou une amie actrice. La verve salmonienne ne se départit jamais au détour de cette correspondance, même lors des moments les plus difficiles.

Les trois lettres d'André Rouveyre couvrent une courte période - 1934 à 1937 -, celle de la gloire pour Carco : élection à l'Académie Goncourt, décoration de la Légion d'honneur, etc. Apollinaire est le fil conducteur de cette correspondance, et l'on sait tout ce que Rouveyre a fait pour le poète.

Nous n'avons pu identifier l'André qui signe la dernière lettre reproduite dans le présent article. Elle fut probablement écrite en 1941, date de la parution de Nostalgie de Paris aux éditions du Milieu du Monde à Genève.

Lettres d'André Salmon à Carco

C'est un soir de neige du très rigoureux hiver de 1910 que Carco débarqua au Lapin agile. Les habitués étaient regroupés autour de la cheminée pour écouter les chansons populaires qu'entonnait le Père Frédé, accompagné de sa guitare mal accordée. Berthe servait le café à Depaquit, Mac Orlan, Salmon, Warnod, Dorgelès, Gazanion, Girieud et Gaston Couté. Puis Mac Orlan débita l'un de ses refrains bataillonnaires avant de céder la parole à ce Salmon à l'accent faubourien. Le jeune Carco, qui venait de débarquer à Paris, chanta des romances et fut aussitôt admis par la bande du Lapin. La rencontre Carco-Salmon date de ce jour. Elle marqua le début d'une amitié qui dura jusqu'à la mort de Carco. Ce soir-là, Carco fut hébergé par le faible et généreux Édouard Gazanion - le poète Vellave de Chansons pour celle qui n'est pas venue - lequel, plus tard, lui prêtera son appartement et sa femme. Fin 1910, Carco et Salmon se fâchèrent. Gazanion les réconcilia au Lapin agile, comme il le raconte dans son journal inédit.