L'Université Yale occupe le centre de New Haven, petite ville portuaire du sud du Connecticut ayant grandement souffert, surtout à partir des années 1970, du déclin généralisé de l'économie américaine de la côte Est. Pendant plus de trois décennies, Yale s'est à peu près repliée sur elle-même, cherchant à préserver son havre d'étude au milieu de ce qui était devenu l'un des centres urbains les plus moroses des États-Unis. Cependant, grâce à une nouvelle politique d'ouverture et de dialogue avec la municipalité de New Haven, Yale a su catalyser un effort de relance économique qui porte aujourd'hui ses fruits. La ville s'anime désormais d'une vie culturelle et sociale longtemps confinée dans l'enceinte des colleges.

Si la vie culturelle de Yale dépasse désormais les limites du campus, la vie intellectuelle continue de graviter autour de la Bibliothèque Sterling. Construite grâce au legs de John W. Sterling, elle fut achevée en 1931 et constitue le cœur du campus néo-gothique de la ville. Notons que ce choix architectural ne date pas de la fondation de l'Université en 1701. Il relève plutôt d'une paradoxale " Renaissance " entreprise au début du XXe siècle pour répondre à l'expansion du nombre d'étudiants (qui sextupla entre 1860 et 1908) et créer une atmosphère prétendument propice à l'étude. La marque du temps passé possédant dans cette logique une valeur indéniable, on eut même recours à une solution acide, une fois les bâtiments érigés, pour éroder et noircir la pierre…