
"L'artiste et son temps" d'Albert Camus
CLe fonds des Archives Camus de la Bibliothèque Méjanes (Aix-en-Provence) possède une dizaine de textes de la conférence " L'Artiste et son temps ". On constate assez vite que la conférence prononcée sous ce titre par Camus à Upsal, au moment du prix Nobel en 1957, diffère sensiblement des premières versions. L'une d'entre elles fut publiée en Italie en 1955. Furent-elles toutes données sous forme de conférences ? Tout ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que deux le furent, dans des versions légèrement différentes l'une de l'autre, la première à La Haye le 5 octobre 1954, la seconde à Turin le 26 novembre 1954.
La conférence présentée ici date également de 1954. Elle précède les deux autres et constitue la première version complète - et la plus longue - de " L'Artiste et son temps ". Une version dactylographiée de cette conférence, en deux exemplaires, se trouve dans le fonds Camus (CMS2.Am1-02-02 et Am1-02-03). On jugera des soins que Camus apporte à son texte par les multiples ratures et mises au point. Les remaniements de cette conférence se poursuivent au cours de l'année 1954, puis en 1955, enfin en 1957. C'est dire qu'avec une constance quasi sisyphienne, Camus s'est plu à remettre son texte sur le métier.
Les deux versions dactylographiées du fonds Camus correspondant au texte manuscrit présenté ici comportent un certain nombre d'erreurs de frappe qui n'ont pas été corrigées par l'auteur, ce qui rend ces versions peu fiables. On lit par exemple : " De qui parlerait-il ? " pour " De quoi parlerait-il ? ", un " argent de terre " pour un " arpent de terre ", ou encore " timide sujet " pour " terrible sujet ". C'est dire l'importance que revêt la mise au jour du présent manuscrit : non seulement il permet de suivre pas à pas le travail de composition de l'écrivain, mais il offre un texte beaucoup plus sûr que les deux versions dactylographiées.

