Lettres inédites d'Ephraïm Mikhaël

 

Jean-Jacques Lefrère

 

 

Patrick Benza/Mérimée

Fr. Caradec/Noël Arnaud

Daniel Zinszner/Sade et Sue

Cecily Mackworth/ Mallarmé

Nicole Laval-Turpin/les poétesses

J.-J. Lefrère/ Ephraïm Mikhaël

Entretien / Losfeld

Hugues Marchal/Poddema

Guy Ducrey/pantoufle et soulier

Jean-Louis Jeannelle/maison de Balzac

L. Doumens et S. Vachon/la Vendetta

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les manuscrits d'Ephraïm Mikhaël qui sont publiés ici pour la première fois sont conservés à la Houghton Library de l'Université de Harvard, sous la référence Ms Fr 306.2 et 306.3 . Grâce à une donation faite par Witter Bynner (1881-1968), ils ont pu être achetés en 1975 par un fournisseur régulier de cette bibliothèque, la librairie parisienne Paul Jammes, rue Gozlin. D'après M. Jammes, que nous avons interrogé, ces manuscrits provenaient de la collection du célèbre bibliophile Henri Saffrey, qui avait déjà recueilli une partie des archives de Rodolphe Darzens sur Rimbaud. Deux documents du fonds permettent d'établir dans quelles circonstances Darzens s'était dessaisi de cet ensemble d'autographes de son ami de jeunesse Mikhaël. C'est en 1911 que Darzens, qui vendait depuis quelques années les documents littéraires qu'il avait gardés dans ses papiers, céda son dossier Mikhaël au libraire et marchand d'autographes Saffroy (à ne pas confondre avec le collectionneur Saffrey).

Nous publions ici les lettres de Mikhaël que Darzens avait conservées. Les autres inédits de Mikhaël (poèmes et proses diverses) paraîtront dans la prochaine livraison d'Histoires littéraires.

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Georges Ephraïm Michel, futur Ephraïm Mikhaël, est né à Toulouse le 25 juin 1866 dans une famille juive établie en cette ville depuis plusieurs générations . Ses parents, Louis Michel et son épouse Noémie (née Carcassonne), avaient également vu le jour à Toulouse, le premier en 1840, la seconde six ans plus tard. Les Michel avaient progressivement acquis une aisance sociale dans le négoce de vêtements et de tissus, puis dans celui d'ornements d'église. Georges Michel eut une sœur cadette, prénommée Marthe. Il commença ses études dans sa ville natale, dont il fréquenta le " Petit Lycée " (actuellement collège Pierre-de-Fermat) jusqu'à la classe de rhétorique, en 1881 .

Ses parents s'étant installés à Paris (M. Michel père allait s'y occuper de placements de vins, puis ouvrir une agence immobilière ), Georges finit ses études dans la capitale. Les Michel avaient pris domicile au 4, rue de Bellefond, à deux pas d'un caboulot à la mode, la Turne au Capitaine, dont les vitres étaient ornées de peintures de Davau. Ils emménagèrent par la suite au 126, rue du Faubourg-Poissonnière. À la rentrée scolaire de 1881, l'élève Michel fut inscrit comme externe au lycée Fontanes, qui allait recevoir, en janvier 1883, le nom de Condorcet.

Le poète toulousain Marc Lafargue, qui avait entrevu Georges Michel dans sa jeunesse - quand ce dernier venait se reposer dans une propriété voisine de son domaine de Saint-Simon, aux portes de Toulouse - le revoyait comme un jeune homme " presque laid, roux, d'une excessive maigreur, avec des jambes longues et maladroites d'adolescent à la croissance précoce ". Ses condisciples de Fontanes complèteront le tableau. René Ghil, qui n'était encore que l'élève Ghilbert lorsqu'il vit Georges Michel pour la première fois, le décrira comme un être " grêle et long, la tête rousse et petite, le visage taché de rousseurs, souriant, un peu dansant de timidité et pourtant tenace ". Leur ami commun André Fontainas évoquera le " clignotement vif de [ses] pupilles de myope, à travers les verres d'un lorgnon de forme toujours dégingandée, posé de guingois et en quelque sorte au hasard ". André-Ferdinand Herold, qui connaîtra le poète peu après sa sortie du lycée, précise qu'il était plutôt grand et avait les épaules un peu voûtées . Curieusement, aucun des amis d'Ephraïm Mikhaël n'a évoqué son accent méridional, lequel, après une quinzaine d'années passées à Toulouse, devait être assez marqué, tout au moins dans les mois qui suivirent l'installation à Paris.