C'est en 1870 qu' Isidore Ducasse a publié, ou tout au moins a fait imprimer ses deux fascicules de Poésies. De l'un, qui est intitulé Poésies I et dont le tirage fut de cinq cents exemplaires, on ne connaissait que deux échantillons : celui de la Bibliothèque nationale, qui fut adressé en son temps au dépôt légal, et celui que l'auteur avait envoyé à Henri Mue, son ancien condisciple du lycée impérial de Tarbes. Ce dernier exemplaire, qui appartient aujourd'hui à une collection privée, porte, inscrit à l'encre sur sa couverture, le nom du destinataire, d'une écriture qui est manifestement celle de Ducasse. Quant à Poésies II, dont le tirage fut également de cinq cents exemplaires (1), on n'en connaissait jusqu'à présent qu'un seul spécimen : celui de la Bibliothèque nationale. C'est dire que la découverte simultanée et toute récente d'un exemplaire de Poésies I et d'un exemplaire de Poésies II dans la bibliothèque d'un collectionneur parisien constitue ce qu'il n'est pas excessif d'appeler un événement peu fréquent. Au demeurant, le propriétaire de ces merles blancs semblait les avoir oubliés de longue date sur ses rayonnages les plus élevés. Saura-t-on un jour comment ces deux plaquettes de la plus grande rareté entrèrent en sa possession ?

Ces deux exemplaires miraculés ont de surcroît une particularité que ne possède aucun autre ouvrage de Ducasse : ils portent chacun un ex-dono de l'auteur (2). Sur la deuxième de couverture de Poésies I :
M. E. Loudun
Conservateur honoraire à la
Bibliothèque de l'Arsenal
Cherche-Midi, 5

 [p.6] L'annotation sur Poésies II, au même emplacement, est plus brève. Ducasse a simplement utilisé 
  une mention imprimée qu'il avait omis de faire figurer sur le précédent fascicule: 

Envoi : M. E. Loudun

Le Gérant,
I.D.
Rue du Faubourg, Montmartre, 7.
: 

Qui était ce " E. Loudun " dont le nom est passablement oublié aujourd'hui ? Il s'appelait en réalité Eugène Balleyguier et avait vu le jour à Loudun le 8 juillet 1818. Il avait passé son enfance dans différentes villes - Uzès, Cognac, La Rochelle, Bergerac, Nantes, Angers, Châtellerault -, au hasard des postes de son père, receveur des contributions indirectes. Eugène eut une sœur, née en 1820, et un frère, né neuf ans plus tard. Il passa son baccalauréat à Poitiers en 1836 et publia la même année ses premiers vers et ses premiers articles dans le Journal de Loudun. L'année suivante le vit étudier la médecine à Paris, mais il abandonna rapidement la Faculté pour aller bûcher le droit à Poitiers, de 1838 à 1840. Dans cette ville, il fit la connaissance d'Eugène Vivier, le plus célèbre des cornistes de tous les temps, alors employé des Contributions indirectes. En mars 1841, il passa une thèse de licencié en droit, puis enseigna dans une institution nantaise. Il revint dans la capitale en 1843, cette fois pour y vivre de sa plume en qualité de journaliste - sur les traces d'un Loudunais célèbre : Théophraste Renaudot. Balleyguier prit alors pour pseudonyme le nom de sa ville natale et signa désormais " Eugène Loudun " la plupart de ses publications. Il donna des critiques littéraires et des chroniques dramatiques à L'Ère nouvelle, au Correspondant, à La Revue du Monde catholique, à La France théâtrale. En 1844, il fut, quelques mois durant, le principal rédacteur de La Sylphide. L'année suivante, sur la recommandation de Désiré Nisard, il fut nommé surnuméraire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. En 1848, Falloux devenu ministre de l'Instruction publique le prit pour secrétaire particulier. Mais Balleyguier alias Loudun ne s'attarda pas dans cet emploi et se retrouva en 1849 à la Bibliothèque de l'Arsenal, casé là par son ministre, avec un titre et un poste de sous-bibliothécaire.

Sous le Second Empire, oubliant les penchants orléanistes de ses jeunes années, Eugène Loudun se révéla un partisan actif, quoique peu contrôlable, du pouvoir en place. En 1858, le ministre de l'Instruction publique de Napoléon III le nomma rédacteur en chef du Journal des instituteurs, plus spécialement chargé de la partie politique (il continua à assurer ses fonctions à l'Arsenal, où il bénéficiait d'un logement de fonction). Il se maria la même année avec Marie Pettit, née en 1835, fille d'un receveur particulier des finances. En 1860, à la suite d'un accident vasculaire cérébral, il perdit l'usage d'un œil et le sens de [p.9] l'odorat. La même année, la croix de la Légion d'honneur récompensa son dévouement au régime impérial.

En 1861, Loudun fut nommé au poste de commissaire spécial des chemins de fer et prit ses fonctions dans les bureaux de la gare Montparnasse. Par arrêté du ministre Waleski daté du 6 février 1861, il avait quitté la Bibliothèque de l'Arsenal, à laquelle il était resté attaché pendant douze années, avec le titre de " conservateur honoraire ". Il emménagea avec son épouse et sa riche bibliothèque dans un appartement sis au 5 de la rue du Cherche-Midi (3). En 1866, il était rédacteur en chef de deux revues, Le Mois artistique et Le Mois littéraire, qui ne durèrent pas longtemps.

Après la guerre de 1870 et la Commune, cet inconditionnel de l'Empire continua à militer en faveur de Napoléon III, dont il espéra quelque temps le retour. En 1879, il vécut douloureusement la mort du prince impérial. Elle ruinait ses espérances, mais il n'en poursuivit pas moins son combat en faveur des Bonaparte. Le pseudonyme qu'il retint pour signer une œuvre en cinq tomes dont la publication débuta en 1889 était significatif : Fidus (fidèle, en latin).

Sous son pseudonyme de Loudun - à une exception près -, cet homme de lettres prolifique a publié une bonne trentaine d'ouvrages qui reflètent son intérêt pour la politique, la sociologie et l'histoire. On en trouvera le détail dans une note (4). Eugène Balleyguier, dit Eugène Loudun, dit Fidus, mourut le 28 juillet 1898 dans son domicile parisien du 13, rue Pierre-Leroux. Il avait 81 ans et ne laissait aucune descendance directe. La Bibliothèque historique de la ville de Paris conserve le manuscrit de ses Notes sur ma vie (5). Il y a deux ans, M. Gérard Jubert a publié les premières années de ce journal en un volume auquel les lignes qui précèdent doivent beaucoup (6).

[p.10] Peu de chercheurs en ducassologie appliquée se seraient douté que ce Loudun bien oublié de nos jours avait reçu en 1870 des exemplaires de Poésies portant un ex-dono de l'auteur. Au cours de sa longue existence, le " conservateur honoraire " de l'Arsenal a connu une foule de gens, mais a-t-il seulement rencontré Ducasse ? Le nom d'Isidore Ducasse - pas plus que celui de Lautréamont - n'apparaît pas dans les pages de 1870 de ces Notes sur ma vie dont nous avons consulté le manuscrit à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et qui sont en cours de publication (7). Ce nom ne figure pas davantage dans la liste d'Amis et connaissances nouvelles que Loudun a dressée à la fin de l'année 1870 - et à la fin des années précédentes -, ni dans la Liste des personnes qui fréquentaient mon salon dans les cinq dernières années de l'Empire, 1866-1870. Il est cependant piquant, à défaut d'être informatif, de relever dans cette énumération les noms de plusieurs collaborateurs de cette Revue populaire de Paris qui inséra une réclame pour les Poésies (après en avoir publié une sur Maldoror) : les livraisons de juillet et d'août 1870 du périodique dirigé par la valeureuse Louise Bader (8) contenaient en effet cette annonce : " Poésies, 2° fascicule, par Isidore Ducasse, auteur de Maldoror, 7, Faubourg-Montmartre ; prix : ad libitum. " Les collaborateurs en question, aujourd'hui plus obscurs les uns que les autres, avaient nom C. Robinot-Bertrand, Célestin Hippeau, Alfred de Martonne, Hippolyte Lazerges. Ils fréquentaient les mercredis - puis les samedis - de Loudun dans son logement de la rue du Cherche-Midi. Martonne et Lazerges sont cités dans l'inventaire effectué par leur hôte parmi les nouveaux venus de la période 1868-1869.

Du groupe de ces invités de 1868-69 recensés par le maître de maison dans ses carnets, quelques noms accrochent l'attention : " Mlle Blanche Ducasse, actrice " et " Mlle Alice Ducasse, cantatrice " ; le poète Auguste Lacaussade, qui courait aussi les jeudis d'un Thalès Bernard dont nous reparlerons ; un " A. de Saint-Chéron ", que le journal de Loudun donne pour un homme de lettres collaborateur du Constitutionnel : on aura reconnu le comte Alexandre Guyard de Saint-Chéron qui habitait la maison du 15 de la rue Vivienne où Ducasse logeait en mars 1870, tout près de ce croisement de la rue Colbert où Maldoror guette le jeune Mervyn au sortir de sa leçon d'escrime.

Rien, en conséquence, n'indique que Loudun et Ducasse se sont rencontrés. Y eut-il seulement échange de correspondance entre l'auteur de Poésies et le " conservateur honoraire à la Bibliothèque de l'Arsenal " ? On ne connaît aucune lettre de Ducasse à Loudun, et aucune lettre de Loudun à Ducasse. Certaines [p.11] minutes de lettres de Loudun ont été conservées, mais elles ne contiennent que le texte de missives adressées à des personnalités célèbres en leur temps : Loudun n'aurait sans doute pas pris la peine de garder le double d'un billet accusant réception de deux plaquettes envoyées par un débutant tout à fait inconnu. Aucun de ses deux exemplaires de Poésies ne contenait de billet de Ducasse - nous l'aurions signalé plus tôt - à l'encontre de deux exemplaires connus de l'édition de 1868 du Chant Premier, renfermant, l'un un billet signé " l'auteur " à un critique non identifié, le second une lettre à Victor Hugo, signée, elle, " Isidore Ducasse ".

Loudun était très fier de sa collection d'autographes, mais il ne semble pas avoir systématiquement engrangé tout le courrier qu'il recevait : " mon habitude de conserver toutes les lettres importantes ", confie-t-il le 12 mai 1868 à Charles-Félix Audley (9). En 1870, une lettre signée Isidore Ducasse ne pouvait guère être considérée par Loudun comme une lettre importante, à archiver de toute nécessité. Quoiqu'il en soit, M. Jubert, qui a eu accès aux archives familiales de l'écrivain, n'a retrouvé aucune lettre de Ducasse (10).

À défaut d'un témoignage écrit de Loudun sur Ducasse, ou d'une lettre attestant un contact épistolaire entre les deux écrivains, un carnet où Loudun notait au jour le jour ses lectures (11° contient une précision qui nous intéresse. À la date du 25 juin 1870, l'auteur des Nouveaux Jacobins a inscrit :


Poésies - Isid. Ducasse -		1/2      

En marge de la même page, Loudun a noté ce constat : " Des journaux - peu de livres - (Pendant la guerre et le siège on ne lit pas.) " Comme l'indique le fac-similé que nous reproduisons, la mention de Poésies se lit juste sous la date du 25 juin. Rappelons que la déclaration de l'imprimeur de Poésies II date du 2 juin et que le dépôt légal de la plaquette a été effectué le 12 juin.

Que signifie l'annotation " 1/2 " ? Tous les titres de publications notés sur le carnet sont suivis d'un chiffre : 1/2, 1, 2, etc. S'agissait-il d'un système de classement ? Loudun était bibliothécaire et n'était sans doute pas homme à ranger ses livres au hasard de ses rayons. Était-ce une échelle d'appréciation à usage personnel ? Si cette interprétation est la bonne, les Poésies de Ducasse n'ont guère enthousiasmé le " conservateur honoraire " de l'Arsenal…

[p.12] Mention précieuse, en tout cas, que celle de ce carnet de lectures - ne confirme-t-elle pas l'authenticité des ex-donos ? -, même si elle ne nous apprend rien sur les circonstances dans lesquelles Loudun entra en possession des deux plaquettes : lui furent-elles remises en mains propres par l'auteur lors d'une rencontre chez une relation commune, éditeur, libraire ou homme de lettres ? En fait, les termes de l'ex-dono suggèrent plutôt que Ducasse a utilisé les mentions spécifiées sur une carte de visite ou un papier à en-tête de Loudun : son statut de conservateur honoraire de l'Arsenal et son adresse personnelle. Il est par ailleurs établi que Loudun avait l'habitude de signer ses lettres " Eugène Loudun, conservateur honoraire de la bibliothèque de l'Arsenal " (12). Comme il l'a fait pour son ami Mue, Ducasse a pu adresser ses deux fascicules par voie postale à ce Loudun, homme de lettres et critique qu'il n'avait peut-être jamais rencontré.

On peut dès lors s'interroger sur l'existence d'un intermédiaire entre Ducasse et Loudun. S'il fallait citer un nom, nous serions enclin à proposer celui de Thalès Bernard, dont une des Mélodies pastorales du moment bénéficie d'une réclame sur la troisième page de couverture de Poésies II. En 1870, Loudun et Bernard étaient de vieilles connaissances : un jour de 1853, le premier notait dans un chapitre de ses Notes sur ma vie : " Reprise des réunions à l'Arsenal. Affaire d'Octave Lacroix arrangée par Thalès Bernard et moi "(13) . Le nom de Thalès Bernard se retrouve dans la liste d'Amis et connaissances nouvelles que Loudun établit à la fin de la même année. Un saut de quinze ans, et c'est une circulaire du 28 mars 1868 de Thalès Bernard adressée à Loudun pour lui proposer de souscrire à la dernière livraison parue de ses Mélodies pastorales. Le document révèle que les deux hommes de lettres s'étaient quelque peu perdu de vue dans l'intervalle :

Monsieur,
Permettez-moi, en m'autorisant de relations déjà anciennes, de vous demander l'honneur de posséder votre nom sur la liste de souscription pour la 5ème livraison des Mélodies pastorales, Recueil destiné à faire connaître ici les chants du Nord, et patronné par tous les amis du progrès.
Le prix de la livraison est de deux francs.
Recevez, je vous prie, avec l'assurance des heures agréables que j'ai passées bien souvent à vous lire, celle de mes sentiments les plus distingués.
Thalès Bernard. (14)

Dans la partie du journal de Loudun en cours de publication, à la date du 26 juin 1869, il est question d'une livraison ultérieure des Mélodies pastorales de Bernard, et ce dernier est ainsi qualifié : " un pauvre poète, savant, philosophe ", [p.13] " un homme très érudit, d'un esprit très ouvert "(15). Bernard aurait-il communiqué à ce Ducasse qui venait de mentionner ses Mélodies pastorales sur sa propre série de Poésies, le nom et l'adresse de ses derniers commanditaires, et Loudun aurait-il commandé les deux fascicules de Poésies après avoir reçu une circulaire de Ducasse proposant son œuvre ?(16) À moins que Ducasse ait envoyé ses Poésies au critique littéraire qu'était le " conservateur honoraire " en vue d'un compte rendu qui reste à découvrir dans les journaux auxquels collaborait Loudun en 1870 ? La recherche risque d'être longue, car les considérations philosophiques de Poésies I et II étaient certainement bien éloignées des préoccupations et des intérêts littéraires de l'auteur des Victoires de l'Empire - qui allait cependant signer, quelques années plus tard, une série de cinq volumes intitulée Le Mal et le Bien (17). De là à penser que la prose de Ducasse avait tout pour lui déplaire... L'achat par Loudun des deux fascicules de Poésies chez un libraire est une hypothèse fragile. Car la couverture des deux exemplaires porte deux traits de plume qui ont laissé intacts le nom de l'auteur et le titre de son œuvre (ainsi que l'épigraphe sur Poésies I), mais ont barré les mentions ci-dessous :

Prix : un franc

Paris
Journaux politiques et littéraires
Librairie Gabrie
Passage Verdeau, 25
1870

Cette rature du prix de la plaquette et de son point de vente est curieuse. Les biographes de Ducasse sont à peu près résignés à ne pas connaître la signification exacte d'une autre " rature " - celle qui a effacé le nom de Dazet entre l'édition Balitout du Chant Premier et la troisième version du même chant dans l'édition Lacroix -, mais cette biffure de la mention de la librairie dépositaire de l'œuvre pourrait avoir une explication : la maison Gabrie n'était peut-être plus le point de vente des deux plaquettes. La réclame pour les Poésies parue dans L'Annuaire philosophique de juillet-août 1870 donne en effet pour point de vente, non la librairie Gabrie, mais la librairie Dentu (" Poésies, par Isidore Ducasse, broch. in-18°, librairie Dentu "). Il était donc logique, dès lors que les deux plaquettes de Poésies n'étaient plus en vente chez Gabrie, de rayer la mention [p.14] de cette librairie, afin qu'il ne vienne pas à l'idée de Loudun, critique littéraire pouvant mentionner cette publication dans quelque périodique, d'indiquer un point de vente qui n'avait plus cours. La logique, certes - mais Ducasse avait la sienne, qui ne semble pas avoir été celle du commun - aurait voulu que l'auteur indiquât le nouveau dépositaire sur la couverture des exemplaires destinés au " conservateur honoraire à la Bibliothèque de l'Arsenal ". La précision était peut-être contenue dans une lettre accompagnant les deux fascicules : une information analogue n'était-elle pas donnée dans le billet que Ducasse avait joint aux exemplaires du Chant Premier qu'il avait adressés à une vingtaine de critiques deux ans plus tôt ?

Qu'advint-il des deux plaquettes de Poésies après la mort de Loudun ? On sait que la plus grande partie de sa bibliothèque fut vendue et dispersée par sa veuve, qui disparut à son tour en 1915. Sauf erreur, au cours du vingtième siècle, aucun catalogue de libraire à prix marqués, aucun catalogue de vente publique n'ont fait mention de deux plaquettes portant un ex-dono de Ducasse. Leur existence n'a été connue que l'an passé, après qu'un rangement dans une vaste bibliothèque privée les ait mises au jour. Achetés par le libraire Jean-Claude Vrain (18), les deux plaquettes, qui sont dans un bon état de conservation, sont entrées peu après dans une collection particulière étrangère, après que le droit de sortie du territoire ait été accordé (19).

Last but not least, l'exemplaire de Poésies II de Loudun confirme ce qui était presque une certitude pour beaucoup d'exégètes de Ducasse : la deuxième feuille de couverture de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale a été inversée lors d'une opération de reliure : c'est bien l'Avis, et non la liste de publicités, qui occupe la quatrième de couverture (20). Rien que de très logique, là encore : si ce n'avait pas été le cas, l'acheteur de Poésies n'aurait pas pu lire que " cette publication permanente n'a pas de prix " et que " chaque souscripteur se fixe à lui-même sa souscription ".

La découverte d'exemplaires de Poésies et d'autographes d'Isidore Ducasse n'est pas chose courante. Depuis la publication, en 1983, de la lettre de l'auteur du Chant Premier à Victor Hugo, aucun écrit de la main de Ducasse n'avait été repéré. Faudra-t-il attendre encore seize années quelque autographe inconnu du poète né sur les rives de La Plata ?

 

 

Cet article est originellement paru dans Histoires littéraires n°2-2000, (pp. 5-14)aujourd'hui épuisé. Il est reproduit ici dans son intégralité.

Afin de permettre des citations précises, les numéros de page de l'édition papier sont intégrés au texte en rouge entre crochets, à l'endroit où intervient le changement de page.

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Voir " Les Tirages du Chant Premier et de Poésies " (Cahiers Lautréamont, 1er semestre 1999).

2. L'inscription sur l'exemplaire adressé à Mue n'est pas véritablement un " envoi ".

3. Loudun habitait encore à cette adresse en 1873 (il logera l'année suivante au 70 de la rue du Bac).

4. Le Couvent des Carmes pendant la Révolution (Davesne, 1845) ; Physionomie de l'Assemblée nationale (Vaton, 1848) ; La Vendée - Le pays, les mœurs, la guerre (Périsse frères, 1849) ; L'Angleterre et l'Allemagne en France - De l'Influence des idées anglaises et germaniques sur l'esprit français (Amyot, 1854) ; Le Général Charles Abbatucci (Boucquin, 1854) ; Études sur les œuvres de Napoléon III (Amyot, 1857) ; Les Victoires de l'Empire - Campagnes d'Italie, d'Égypte, d'Autriche, de Prusse, de Russie, de France et de Crimée (Dupont, 1859) [cet ouvrage, qui était une commande du ministre de l'Instruction publique, fut largement distribué aux élèves des collèges impériaux le jour des distributions de prix] ; La Bretagne, paysages et récits (Brunet, 1861) ; Les Pères de l'Église - Choix de lectures morales (P. Dupont, 1861), autre commande du ministre de l'Instruction publique ; Les Deux Paganismes (Victor Palmé, 1865) ; Les Nouveaux Jacobins (C. Dillet, 1869) ; Journal d'un Parisien pendant la Révolution de Septembre et la Commune (Lachaud, 1872, deux volumes - probablement l'œuvre la plus connue de Loudun aujourd'hui ; Saint-Just (Librairie de la Société bibliographique, 1876) ; Le Mal et le Bien - Tableau de l'histoire universelle du monde païen et du monde chrétien (Victor Palmé, 1876-188, cinq volumes) ; Son Altesse le Prince impérial (Daireaux, 1879) ; Le Peuple sous l'ancien régime (Victor Palmé, 1882) ; Journal de Fidus portant sur la période 1870-1883, paru en cinq tomes entre 1889 et 1893 (La Révolution de Septembre, Paris assiégé ; La Révolution de Septembre, La Capitulation, La Commune ; L'Essai loyal ; Le Prince impérial ; Sous la république opportuniste. De la mort du Prince impérial à la mort de Gambetta) ; La Mort d'un franc-maçon (Victor Palmé, 1890) ; Traditions françaises - Œuvres et hommes de ce temps (Ollendorff, 1901). Des années 1850 aux années 1880, Loudun donna une série de Salon de l'année, parus pour la plupart dans La Revue du Monde catholique.

5. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrit n° 1283.

6. Eugène Loudun. Notes sur ma vie (1818-1867). Lettres choisies (1838-1898), édition présentée, établie et annotée par Gérard Jubert, PSR éditions (La Roche Rigault 86200 Loudun), 1998, 272 p. Le second volume, qui portera sur la période 1868-1870, est en préparation.

7. Signalons toutefois qu'au cours du second semestre 1870, le diariste change la note de son journal intime : il ne parle plus de sa vie personnelle mais s'intéresse presque exclusivement aux événements politiques et historiques de son pays, dont il publiera le récit dans son Journal de Fidus. Dommage pour les biographes de Ducasse, dommage surtout pour le biographe de Loudun.

8. L'adresse personnelle de Loudun était à cette époque le 5, rue du Cherche-Midi : au 13, habitait Henri Thiers, fondateur et collaborateur de La Revue populaire de Paris. Au 35 étaient les bureaux de la revue de L.Maretheux, L'Homme, à laquelle Poésies II faisait également de la réclame. Que faire, après le mal d'aurore, sinon chercher le midi ?

9. Eugène Loudun. Notes sur ma vie, op. cit., p. 125.

10. Le nom de Ducasse figure bien dans une liste de correspondants établie par Loudun lui-même vers la fin de sa vie : mais il s'agit de la cantatrice Anne-Elisa (dit Alice) Ducasse, née à Valparaiso en 1846 - la même année qu'Isidore Ducasse - et qui eut du succès pendant une quinzaine d'années de la Troisième République sur diverses scènes parisiennes.

11. Collection particulière, hors texte (communiqué par M. Jubert, que nous remercions vivement). En tête de ce carnet, Loudun a noté ces précisions : " Liste / des livres que j'ai lus / depuis mon arrivée à Paris / (octobre 1836) / jusqu'au 1er janvier 1888 / 1er volume / E.L. - / Eugène Loudun / [Barré] Les pages sont numérotées seulement de quatre en quatre."

12. Eugène Loudun. Notes sur ma vie, op. cit., p. 120 et 150.

13. Eugène Loudun. Notes sur ma vie, op. cit., p. 64.

14. Collection particulière. Lettre publiée dans les Cahiers Lautréamont du 2ème semestre 1996.

15. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrit n° 1283.

16. Au demeurant, le raisonnement peut être inversé : pourquoi ne pas imaginer que Ducasse fréquentait, plutôt que la Bibliothèque nationale, la bibliothèque de l'Arsenal, où il aurait rencontré Loudun, lequel l'aurait orienté vers les Thalès Bernard et consorts ?

17. Loudun a tout de même dû sursauter à la lecture du nom de " Misçkiéwicz, l'Imitateur-de-Satan " : le poète romantique polonais Adam Mickiewicz avait été de service au département des manuscrits de l'Arsenal en même temps que lui (dans ses Notes sur ma vie, Loudun le mentionne parmi les personnalités qu'il a rencontrées au cours de son existence).

18. Nous remercions ce dernier de nous avoir communiqué des reproductions des deux plaquettes.

19. Nous remercions le collectionneur qui conserve désormais les deux plaquettes de nous avoir permis de les examiner en détail.

20. Le format de Poésies I est 25 x 16 cm ; contrairement à l'édition fac-similé réalisée jadis par Hubert Juin, la page en regard de la dédicace de Poésies I est blanche : elle ne comporte pas le nom et l'adresse de l'imprimeur, lesquelles figurent en revanche sur la quatrième de couverture. La troisième de couverture est blanche. Le format de Poésies II est 25 x 16,5 cm : un demi-centimètre de plus en hauteur que Poésies I. C'est peu et c'est beaucoup.