

31 juillet 2001. Je nai pas voulu manquer le coup denvoi (peut-être involontaire) des célébrations du bicentenaire ; il a lieu à Montpellier, qui a programmé deux opéras inspirés de Hugo : Notre-Dame de Franz Schmidt, aujourdhui, et, en décembre, Marion Delorme de Ponchielli (Delorme et non de Lorme, comme Hugo a orthographié le nom de la courtisane amoureuse) ; en version de concert seulement, mais ce sont loin dêtre des piliers du répertoire et il faut sestimer heureux dune telle initiative. Première utilité des anniversaires : redonner vie à des uvres négligées. Lors du centenaire de la mort de Hugo, en 1985, dans un colloque sur Le Rayonnement international de Victor Hugo, jappelais de mes vux la résurrection de Notre-Dame de Franz Schmidt (ainsi que celles de La Esmeralda de Louise Bertin et de Quasimodo de Pedrell). Jeus, en 1988, le plaisir de voir sortir un premier enregistrement mondial de lopéra de Schmidt, défendu par de très grandes voix : Gwyneth Jones (en Esmeralda), James King (en Phoebus), Horst Laubentghal (en Gringoire), Hartmut Welker (en Frollo) et Kurt Moll (en Quasimodo). Les actes du colloque ne parurent sans révision du texte des communications quen 1990. Ils firent lobjet dun compte rendu plutôt favorable dun collègue allemand, mais le recenseur, se croyant sans doute très malin, me reprocha davoir ignoré un enregistrement encore à venir lorsque javais exprimé mon souhait ! Parmi les interprètes dEsmeralda à la scène, je relève le nom de Julia Migenes-Johnson, qui a été idéalement Carmen dans le film de Francesco Rosi. Occasion de rappeler le rôle probable, dans la genèse de la gitane de Mérimée, de celle qui passe pour telle dans le roman de Hugo et dont lorigine « égyptienne » (gypsy) nest même pas mise en doute dans son livret pour Louise Bertin.
13 septembre. Comme lOpéra de Montpellier, celui de Paris
célèbre Hugo avec quelques mois davance en reprenant la
très bonne mise en scène de Rigoletto par Jérôme
Savary dans les beaux décors tournants de Michel Lebois et, à
partir du 3 octobre, le spectaculaire ballet de Roland Petit, Notre-Dame de
Paris, qui doit une bonne partie de sa réussite à la musique
de Maurice Jarre, rythmée, riche en percussions et dune belle
générosité lyrique. Elle avait tellement séduit
Janine Prévert, femme de Jacques, qui avait été danseuse
et que nous avions amenée voir le ballet au Palais des Congrès,
quelle était disposée à accorder au compositeur
le droit de faire des Enfants du paradis un spectacle musical
Et pourtant
cette reprise ne bénéficiait pas de la présence vivante
des musiciens, qui manque tant, depuis sa création, à la Notre-Dame
de Paris de Plamondon et Cocciante, de nouveau à laffiche en
cette rentrée.
26 octobre. Théâtre de Saint-Maur-des-Fossés. Mangeront-ils ?,
mis en scène par Michel Dury. Conjonction de fidélités :
celle du directeur de ce théâtre de banlieue, Daniel Royan, à
Hugo, du metteur en scène à une pièce quil a jouée
naguère dans cette même salle, de Nell Raymond au rôle
de Zineb quelle incarnait déjà en 1974 au théâtre
de lAthénée, au côté dOlivier Hussenot,
dans une représentation heureusement captée par la télévision.
On la retrouve avec bonheur et on apprécie leffort de toute la
troupe pour faire entendre le texte de la comédie la plus poétique
peut-être du répertoire français. Jean-Pierre Savinaud
compose Mess Tityrus avec une subtilité digne de ce « neutre
à fond hostile », qui se délecte de la bêtise
du roi. Michel Dury donne de ce dernier une image très différente
de celle quoffrait Hussenot : à la nervosité et à
lhyperactivité de celui-ci, il substitue une figure ahurie, plus
bête encore que méchante, de pantin redoutable mais manipulable.
Des étudiants que jai convaincus de venir découvrent avec
émerveillement Le Théâtre en liberté.
A la recherche de Victor Hugo
Journal dun spectateur du bicentenaire