Ernest La Jeunesse, quelques portraits

 

Rien de tel que de laisser un auteur se présenter lui-même. Une lettre non datée, adressée à Paul Hervieu et accompagnée d'un curriculum vitae, éclaire la vie et la personnalité d'Ernest La Jeunesse:

Mon bien cher Maître et ami,

Je vous remercie avec une émotion profonde de votre lettre si cordiale. Je ne pourrai vous voir demain: je suis affreusement mordu de besogne et ne puis, au reste, songer à la chose. Je recouvre toute la neurasthénie de mes dix-huit ans en mal d'examens et de concours, avec télépathie, etc. Ma pudeur a de jolis airs de catin! Mais j'ai mal. Et puis si, vous, vous demandez la croix pour moi, n'est-ce pas suffisant? Y a-t-il besoin d'une demande ou d'une pétition? Je ne sais si Doumergue me connaît, mais Briand ne m'ignore pas. Je n'ai pas de casier judiciaire et habite le même trou depuis quatorze années... Il faut, mon grand et cher Paul Hervieu, que vous ayez une patience d'ange pour me lire - si vous me lisez encore - et pour ne pas m'envoyer au diable: mais j'ai tout fait pour ne pas vous voir au Français: je serais mort (car je suis cardiaque, en outre, mais ce n'est pas un titre). Je vous répète que je ne pourrai vous voir demain (je suis pris par la répétition de la Renaissance où je vous verrai peut-être). En tout cas, je vous envoie un curriculum vitae qui, Dieu et vous aidant, pourra peut-être vous servir.

 

 

 

 

 


 

Eric Walbecq

" La Jeunesse (Ernest-Léon)

Né à Paris (Xe) le 23 juin 1874. Licencié ès Lettres (Nancy) le 13 juillet 1894. Officier de l'instruction publique (1er janvier 1904). Collaborateur à La Cocarde (1894), La Revue Bleue, La Revue blanche (1895 etc.), Le Journal, depuis 1896, Gil-Blas (1903-1904), Zeit, Cri de Paris, Intransigeant (1909), nombreuses préfaces, conférences à l'Odéon, critique d'art."