
Dossier Alphonse Allais
Tics, éthique et maïeutique
À propos des titres dAlphonse Allais
Voisin de Huysmans dans LAnthologie de lhumour noir de Breton, Allais partage avec lauteur dÀ rebours une conception assez différente de la spiritualité. Pourquoi les deux écrivains trouvent-ils place dans le Panthéon surréaliste ? Cest notamment dans les titres et les analyses fumeuses que formule Allais quon peut espérer déceler les semblants dune réponse.
Travailler sur lécart maximum entre le référent et le titre, procurer « la plus grande impression de dépaysement et de jamais vu », imprimer au titre « sa valeur secouante » : cest dans ce sens poétique quuvre Allais, inspiré par un esprit viscéralement chanoiresque songeons aux opaques autant que lumineuses Gymnopédies, Gnossiennes et autres Préludes flasques qui chapotent les uvres de son ami Satie. Les rares préfaces présentées sont détournées au profit dune autojustification désinvolte où le lecteur pointilleux, pris à partie, se voit asséner une rude profession de foi en lincohérence desdits titres. La préface à Pour cause de fin de bail (1899) semble un indépassable apex :Beaucoup de personnes, lesquelles feraient, dailleurs, bien mieux de se mêler de leurs propres affaires, mont souvent objecté :
Monsieur, vous donnez à vos ouvrages des titres qui nont aucun rapport avec la matière qui constitue le livre, comme par exemple On nest pas des bufs, Le Parapluie de lescouade ou Amours, délices, et orgues. Cette façon dagir nest point lindice dune mentalité bien sérieuse.
À la longue, ce reproche me piquait au vif, et bientôt je mefforçais à ne plus lencourir. Je ny suis quà demi parvenu ; pourtant il y a du progrès, jugez plutôt :
Jai intitulé ce livre Pour cause de fin de bail, non pas quil y soit question de rien qui effleure ce sujet, mais simplement parce que je vais déménager au terme davril prochain.
Je devais cette explication au lecteur, je la lui ai donnée. Nous sommes quittes.En fait de progrès, sil y a évolution dans leffort de légitimation du titre, cest bien dun accroissement du non-sens quil faut parler. Déjà, en 1892, le frontispice Vive la vie avait rendu nécessaire une tentative déclaircissement, lauteur arguant de son plaisir à titiller les mânes de Schopenhauer ; une lettre à Flammarion sera plus directe. En 1893, le ton jarryque est donné, avec la préface au Parapluie de lescouade :
Jai intitulé ce livre Le Parapluie de lescouade pour deux raisons que je demande, au lecteur, la permission dégrener devant lui.
1° Il nest sujet, dans mon volume, de parapluie daucune espèce ;
2° La question si importante de lescouade, considérée comme unité de combat, ny est même pas effleurée.
Dans ces conditions-là, toute hésitation eût constitué un acte de folie furieuse : aussi ne balançai-je point une seconde.
Jai la ferme espérance que cette loyale explication me procurera lestime des foules et que ces dernières achèteront, par ballots, Le Parapluie de lescouade, tant pour leur consommation propre que pour en envoyer à leurs amis de la République argentine.

