Dossier Alphonse Allais

Tics, éthique et maïeutique
À propos des titres d’Alphonse Allais

 

 

 

Dossier Allais

Caradec/Lebeau, Debussy et Satie

Caradec/ correspondance

Pierssens/Québec

Lair/titres

Chauvelot/lettres conjugales

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Masanès/Mounet

Entretien/ Ubersfeld

Fagot/Giono

 

 

Samuel Lair

 


 

Voisin de Huysmans dans L’Anthologie de l’humour noir de Breton, Allais partage avec l’auteur d’À rebours une conception assez différente de la spiritualité. Pourquoi les deux écrivains trouvent-ils place dans le Panthéon surréaliste ? C’est notamment dans les titres et les analyses fumeuses que formule Allais qu’on peut espérer déceler les semblants d’une réponse.
Travailler sur l’écart maximum entre le référent et le titre, procurer « la plus grande impression de dépaysement et de jamais vu », imprimer au titre « sa valeur secouante » : c’est dans ce sens poétique qu’œuvre Allais, inspiré par un esprit viscéralement chanoiresque – songeons aux opaques autant que lumineuses Gymnopédies, Gnossiennes et autres Préludes flasques qui chapotent les œuvres de son ami Satie. Les rares préfaces présentées sont détournées au profit d’une autojustification désinvolte où le lecteur pointilleux, pris à partie, se voit asséner une rude profession de foi en l’incohérence desdits titres. La préface à Pour cause de fin de bail (1899) semble un indépassable apex :

Beaucoup de personnes, lesquelles feraient, d’ailleurs, bien mieux de se mêler de leurs propres affaires, m’ont souvent objecté :
– Monsieur, vous donnez à vos ouvrages des titres qui n’ont aucun rapport avec la matière qui constitue le livre, comme par exemple On n’est pas des bœufs, Le Parapluie de l’escouade ou Amours, délices, et orgues. Cette façon d’agir n’est point l’indice d’une mentalité bien sérieuse.
À la longue, ce reproche me piquait au vif, et bientôt je m’efforçais à ne plus l’encourir. Je n’y suis qu’à demi parvenu ; pourtant il y a du progrès, jugez plutôt :
J’ai intitulé ce livre Pour cause de fin de bail, non pas qu’il y soit question de rien qui effleure ce sujet, mais simplement parce que je vais déménager au terme d’avril prochain.
Je devais cette explication au lecteur, je la lui ai donnée. Nous sommes quittes.

En fait de progrès, s’il y a évolution dans l’effort de légitimation du titre, c’est bien d’un accroissement du non-sens qu’il faut parler. Déjà, en 1892, le frontispice Vive la vie avait rendu nécessaire une tentative d’éclaircissement, l’auteur arguant de son plaisir à titiller les mânes de Schopenhauer ; une lettre à Flammarion sera plus directe. En 1893, le ton jarryque est donné, avec la préface au Parapluie de l’escouade :

J’ai intitulé ce livre Le Parapluie de l’escouade pour deux raisons que je demande, au lecteur, la permission d’égrener devant lui.
1° Il n’est sujet, dans mon volume, de parapluie d’aucune espèce ;
2° La question si importante de l’escouade, considérée comme unité de combat, n’y est même pas effleurée.
Dans ces conditions-là, toute hésitation eût constitué un acte de folie furieuse : aussi ne balançai-je point une seconde.
J’ai la ferme espérance que cette loyale explication me procurera l’estime des foules et que ces dernières achèteront, par ballots, Le Parapluie de l’escouade, tant pour leur consommation propre que pour en envoyer à leurs amis de la République argentine.