Le Chariot de terre cuite, pièce en cinq actes de Victor Barrucand, adaptée de l'œuvre d'un obscur prince et poète indien du IIe siècle avant notre ère, fut donnée le 22 janvier 1895 par le Théâtre de l'Œuvre de Lugné-Poe sur la scène du Nouveau Théâtre (15, rue Blanche), et suscita un mini-scandale préfigurant celui que provoquera, à peine deux ans plus tard, la représentation de l'Ubu-Roi de Jarry. Par quel mystère la couverture du programme, qui fut dessinée par Toulouse-Lautrec, représente-t-elle le très reconnaissable Félix Fénéon perché sur un éléphant, alors que l'animal ne figure pas dans la pièce et que l'écrivain n'est pas mentionné dans la distribution indiquée sur le document lui-même ?

Si l'éléphant, qui est le plus gros des pachydermes, se remarque surtout, faut-il le souligner, par son hénaurme trompe phallique, il renvoie aussi à la construction en papier mâché qui constituait l'un des lieux d'attraction du Moulin Rouge, " vestige de l'Exposition universelle transformé en petit théâtre intime [précise François Caradec dans son Café-concert], où les amateurs [venaient] se rincer l'œil aux exhibitions de la "danse du ventre" ou se tordre de rire aux vocalises du Pétomane ".

À dater de janvier 1895, Toulouse-Lautrec en fait son sigle et le remettra en scène sur la couverture de L'Estampe originale en mars de la même année sous le titre Au rideau. Quant à Fénéon, c'est une coupure de presse anonyme et non datée, ayant pour seule indication " La Revue contemporaine ", qui nous a apporté la clef de l'énigme. Grâce au concours de nos limiers de la Bibliothèque nationale de France (Patrick Ramseyer, Éric Dussert, Éric Walbecq), nous avons pu retrouver son exacte provenance