Le Soldat Chapuzot, une lecture d'enfance de Céline?

 

André Hélard

 

 

Lévi-Valensi & Bartfeld/Camus

Murphy, Cauvin & Lefrère/ Stupra

Riffaud/Vercors

Hélard/Chapuzot

Goujon/Dubus

Daulnay/Bernstein

Lassalle/vente Breton

Entretien / Gillois

Vaugeois/"Billy Record"

Marchal & Lecourt / Musée Mallarmé

Saint-Gérand/GDU portatif

Goldenstein/GDU portatif

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Au début, ce ne fut qu'une impression vague de déjà vu, de déjà lu. Et puis quand cette impression se précisa, il n'y avait pas d'autre possibilité que de la rejeter, comme saugrenue, voire blasphématoire. À qui voulez-vous dire, avouer, par les temps qui courent, que Céline vous a fait penser à Jean Drault ? Pire, qu'en lisant Voyage au bout de la nuit, vous avez parfois pensé au Soldat Chapuzot !… Vous savez que Voyage au bout de la nuit, ça ne ressemblait à rien de connu et vous gardez donc votre impression de " déjà lu " pour vous, avec un vague sentiment de culpabilité. Même à grands coups d'hypotexte et d'intertextualité, comment donner un habillage théorique et conceptuel correct - politiquement ou pas - à une impression pareille et qui repose sur presque rien, sinon sur n'importe quoi : " quelque part ", Céline vous fait penser à Jean Drault, mais tout le problème est de situer ce " quelque part ".

D'abord, qui est ce Chapuzot ? C'est le héros d'une série de romans de l'obscur Jean Drault, romans non pour enfants mais " pour la jeunesse ", qui eut beaucoup de succès à sa parution et aussi dans les décennies suivantes. Il fait son entrée dans la littérature en 1889 aux éditions Gautier (bientôt Gautier-Languereau) dans Le Soldat Chapuzot, qui sera suivi rapidement de Chapuzot est de la classe !, ces deux premiers volumes ayant comme sous-titres Scènes (et Nouvelles scènes) de la vie de caserne, puis ce sera Chapuzot au Dahomey, Chapuzot à Madagascar, Chapuzot navigue, La Cantine Chapuzot. Les premiers furent inspirés à l'auteur par son séjour à la caserne de Blois où il accomplit son année de volontariat (un an avant Lucien Descaves , auquel cette expérience inspira Sous-Offs, dans un registre bien différent). Jean Drault y apparaît sous les traits du conditionnel Servan , fervent admirateur du général Boulanger (Le Soldat Chapuzot se termine sur une évocation lyrique du brav' général), amusé par les ahurissements et les bourdes des conscrits.

La série eut suffisamment de succès pour que les dernières aventures de Chapuzot parussent bientôt en feuilleton dans plusieurs quotidiens (ainsi Chapuzot à Madagascar dans L'Ouest-Éclair) et que fût lancé un " illustré ", La Semaine de Chapuzot. Succès dont l'importance, inimaginable pour qui découvre Chapuzot aujourd'hui, est attesté par François Mauriac, lequel, évoquant dans La Pharisienne ses souvenirs de collégien, se rappelle " la joie de ses camarades lorsque le répétiteur, à l'interclasse, consentait à lire aux élèves un passage du Soldat Chapuzot ", par Léon Daudet célébrant " la merveilleuse série des Chapuzot, joie des enfants et des parents " et par Georges Bernanos, dans La Grande Peur des bien-pensants, parlant de " Jean Drault, créateur du soldat Chapuzot, auteur d'innombrables bons romans ".