
De nouveau du nouveau sur Gisèle dEstoc, amante de Maupassant
Les interrogations sur lidentité de la mythique Gisèle dEstoc ne semblent pas vouloir disparaître. Au contraire, plus on en apprend sur son compte, plus le mystère sépaissit. Toute révélation provoque un nouveau débat sur cette femme de lettres énigmatique qui fut lamante de Maupassant et, ce que lon sait moins, de Rachilde. Un temps, on laccusa dêtre responsable de lexplosion du restaurant Foyot attentat qui, le 4 avril 1894, blessa Laurent Tailhade (lexplosif ayant été dissimulé dans un pot de fleurs, on crut y déceler une duplicité féminine). Les ennemis de Tailhade étant bien connus, le nom de Gisèle dEstoc fut prononcé, malgré les protestations dinnocence de celle-ci. Il fallut pourtant attendre plus dun siècle pour avoir une quasi confirmation de cette innocence : en 1997, Gilles Picq révéla lacte de décès de Gisèle dEstoc, qui montre que la dame, de son vrai nom Paule Courbe, décéda à Nice le 8 mai 1894. Ce document rendait vraisemblable la déclaration de son ami Louis Pillard dArkaï, faite le 20 ou le 25 avril 1894, selon laquelle Gisèle dEstoc se trouvait « gravement malade », et ce « depuis des mois ».
La déclaration de décès, faite par Pillard dArkaï et enregistrée à Nice le 9 mai, révèle à la fois lidentité de Gisèle dEstoc et sa date de naissance. Cest du moins ce quon pourrait croire. Comme la observé Gilles Picq, puisque lacte précise que Paule Courbe est morte à 35 ans, « la date de naissance de Gisèle se trouve ramenée à 1859 ». Or le même chercheur indique que, « vérification faite à létat civil de Nancy, il ny a pas de Paule Courbe née dans une fourchette comprise entre 1858 et 1860 ».
Faut-il dès lors en revenir aux dires dArmand Lanoux, qui avançait en 1967 que Gisèle dEstoc sappelait en réalité Marie-Élise Courbe et quelle était née à Nancy le 9 août 1863 ? Lanoux sétait intéressé à Gisèle dEstoc en raison de ses relations avec Maupassant. Comme il le remarquait lui-même, faire naître Gisèle en 1863 posait un problème de chronologie. On en était à peu près resté là, avec, de la part des biographes, quelques contorsions pour concilier ce que lon croyait savoir des origines de la dame. Ainsi, quand Gilles Picq relatait lhistoire de la passion (adolescente) de Gisèle dEstoc pour sa consur « Marie-Edmée X », il se trouvait contraint décarter lexplication la plus évidente, à savoir que Marie-Edmée X nétait autre que Marie-Edmée Pau, sur dun général célèbre. De fait, si lon acceptait lannée 1863 comme date de naissance, Gisèle/Marie-Élise naurait eu que huit ans à la mort de lobjet de sa passion, alors que la photographie du couple publiée par Pierre Borel dans son Maupassant et landrogyne montre clairement deux jeunes femmes. Gilles Picq avançait donc, de manière peu convaincante, le nom dune remplaçante : Marie-Henriette Pau.

