Jean-Philippe Guichon

 

 

HL 17

 

ND de La Garde/2004

Entretien/Deguy

Murphy/Rimbautographe

Le Roux/Eluard

Laster/Bicentenaire Hugo

Guichon/Roux-Rennéville

Macé/Fabula

Oberhuber/Bibliothèque Marguerite-Durand

 

 

 

 

 

 

 


 

L’existence même d’une correspondance Saint-Pol-Roux-Rolland de Renéville pourrait surprendre dans la mesure où l’on voit mal ce qui serait susceptible de rapprocher deux poètes aux tempéraments si opposés, poètes que séparent deux générations et qui ne s’étaient jamais rencontrés avant de s’écrire. Cette correspondance naquit en décembre 1927 de la volonté d’assortir le sommaire du premier numéro du Grand Jeu de quelques signatures reconnues qui serviraient de caution intellectuelle à la revue et permettraient d’attirer sur elle l’attention de la critique. C’est donc à des motifs relevant d’une politique littéraire sans doute inspirée par Léon Pierre-Quint qu’on doit de voir Saint-Pol-Roux figurer en juin 1928 au sommaire du Grand Jeu, aux côtés de Robert Desnos et de Georges Ribemont-Dessaignes, chacun de ces noms venant découvrir une strate de la généalogie poétique du mouvement mené par René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte : Desnos pour le Surréalisme, Dessaignes pour le Dadaïsme, Saint-Pol-Roux pour le Symbolisme. La démarche suscita d’ailleurs quelques tiraillements au sein de la rédaction, Rolland de Renéville jugeant la collaboration de Desnos inacceptable et Gilbert-Lecomte ne prenant guère au sérieux celle de Saint-Pol-Roux.
La correspondance qu’on va lire permet d’entrevoir les raisons de ce hiatus et d’interroger ainsi le mythe de la « communauté des phrères simplistes » – cette fraternité spirituelle affichée par les membres du Grand Jeu – car, à travers l’apparition de la figure de Saint-Pol-Roux dans les pages du Grand Jeu, c’est la conception même du mouvement et de sa revue qui se trouvait pour la première fois mise en débat au sein du groupe.
Sans doute n’était-il pas question, à l’origine, de publier la lettre de Rolland de Renéville à Saint-Pol-Roux ni sa réponse, mais simplement le poème qu’il aurait obtenu de lui. C’est parce que Rolland de Renéville accordait à cette correspondance une valeur de « manifeste », souhaitant la voir succéder immédiatement à l’avant-propos du premier numéro de la revue spiralée, qu’on lui trouva une place en fin de volume au prix de quelques caviardages. Pourquoi cette valeur de « manifeste » ? L’ombre tutélaire du Surréalisme semble planer sur la question. S’adresser au « Maître de l’image » et placer cette intervention sous le signe de l’exil rimbaldien, n’était-ce pas, d’une certaine manière, s’accaparer l’icône fabriquée par les Surréalistes qui avaient soulevé, quelques années auparavant, la chape d’oubli que subissaient volontairement le Magnifique et ses grappes de métaphores ? N’était-ce pas investir une chasse-gardée d’André Breton ? De là à suggérer que le Grand Jeu se substituerait prochainement au Surréalisme, il n’y avait qu’un pas dont on peut penser que Rolland de Renéville l’a vite franchi quand on lit ce qu’il écrivait au même moment à son ami Louis Parrot, lequel préparait une enquête sur les avant-gardes littéraires de l’époque :

De même que le symbolisme s’est étendu sur une période de trente années, soutenu successivement par La Plume, L’Ermitage et Le Mercure, de même le surréalisme a commencé avec Dada dans la revue Littérature, s’est affirmé dans La Révolution surréaliste (avec la branche de L’Esprit, parallèle et sœur) et se continuera dans le Grand Jeu avec la tendance métaphysique que vous savez. […] Vous pouvez aussi citer Saint-Pol-Roux dont les théories nous influencent
André Rolland de Renéville, Tours, sans date.


   Assurément, la collégialité du « nous » qui conclut ces propos est abusive ; on chercherait longtemps chez tel ou tel membre du Grand Jeu autre que Rolland de Renéville la moindre référence à Saint-Pol-Roux. Mais cet attachement singulier de Rolland de Renéville permet de comprendre l’importance insoupçonnée qu’il accordait à sa correspondance avec le Magnifique : non seulement cette correspondance permettait d’inscrire le Grand Jeu dans la descendance du Surréalisme, mais elle indiquait les moyens par lesquels il en constituerait le dépassement.

 

Correspondance de Saint-Pol-Roux
avec André Rolland de Renéville