Recueil collectif de poésies édité par Lemerre, Le Parnasse Contemporain eut trois séries, parues respectivement en 1866, 1869 et 1876. Or, on ignore généralement que, dans les années 1890, l'éditeur du passage Choiseul avait songé à un Quatrième Parnasse Contemporain, lequel ne verra jamais le jour. A quand remonte ce projet initial, voilà ce qu'il est malaisé de préciser : probablement fin 1892 ou tout début 1893. Nous allons voir, par les documents sinon inédits, du moins totalement inconnus que nous reproduisons ci-dessous, que l'entreprise était déjà assez avancée dans le courant de 1893. Périodiquement relancée, elle semble bien avoir avorté définitivement en 1896. Il est vrai que, durant ces années 1893-1896, le Parnasse n'était plus ce qu'il avait été sous le Second Empire ni sous Mac-Mahon. Même si les jeunes poètes éprouvaient, selon les cas, de l'affection pour Heredia ou du respect pour Leconte de Lisle, le Symbolisme avait fini par s'imposer. Il est vrai que nombre de ces jeunes poètes, comme Louÿs, ne songeaient point à dissimuler la dette qu'ils avaient contractée envers le Parnasse. De plus, les temps avaient changé. Anatole France, à qui l'on devait la tristement célèbre éviction de Mallarmé, Verlaine et Cros, du Troisième Parnasse de 1876, n'était plus lecteur chez Lemerre.
Aussi les jeunes poètes ne devaient-ils point, en principe, regarder d'un œil hostile l'annonce de la publication d'une quatrième série du recueil, déjà en chantier. Mais se posait la question du vers libre : ceux qui l'utilisaient seraient-ils admis dans le nouveau recueil ? Or, pour coordonner son entreprise, Lemerre avait fait appel à Coppée, Heredia et Leconte de Lisle, c'est-à-dire à trois poètes qui ne passaient pas précisément pour être favorables aux nouvelles tendances.



