"Parole libre liée". La littérature des Etats-Unis dans les suppléments littéraires

 

Cédric Gauthier

 

Dossier "Les suppléments littéraires aujourd'hui"

Goldenstein/la casse et le séné

Rocheteau/l'intime

Macé/illustrations

Bui/la pub

Besnier/l'Auteur étranger

David/...propos

Louâpre/enfantina

Dussert/notules

Gauthier/l'Amérique

Pierssens/Le Monde

Lecrenais/étude comparative

entretiens:

J. Savigneau

C. Devarrieux

J.-M. Rouart

 

 

 

 

 

 


 

" Les écrivains de l'Ouest continuent de nous enchanter. " Ce qu'écrit le cahier " Livres " de Libération le 22 août 2002 pourrait tout aussi bien se retrouver dans les colonnes du Figaro littéraire ou du Monde des livres tant l'enchantement est prompt à opérer, suivant des axes de lecture prévisibles. A une époque où les Etats-Unis ont, paraît-il, aussi mauvaise presse que certains de nos quotidiens, on ne se lasse pas de célébrer la vivacité, l'originalité et l'heureuse complexité de leur littérature même s'il est douteux qu'elle ait jamais eu à pâtir d'un éventuel ressentiment politique, bien au contraire. Il y a d'ailleurs fort à parier que, pour une grande part, l'intérêt porté aux lettres américaines réside dans le plaisir d'y trouver un première critique de société et une déconstruction du mythe. Dans les suppléments littéraires allant de septembre 2001 à septembre 20002, il semble que les Etats-Unis de George W. Bush doivent toujours se mesurer aux U.S.A. de John Dos Passos, les gagnants aux victoires parfois douteuses étant forcés de céder la place aux perdants et autres victimes du rêve américain. Suivant des raisons subjectives tout à fait recevables et salutaires, cette parole supposée libre fascine et charme ; mais se peut-il que la vraie belle voix de l'Amérique soit systématiquement celle de l'Amérique des losers, au risque de perdre dans cette systématisation vigueur et liberté de ton ? Les quotidiens s'accordent-ils là-dessus ou sont-ils disposés à se laisser surprendre, chacun à sa manière, par une littérature qui est autant héritière d'une longue tradition d'émancipation sans cesse recommencée que créatrice de formes et de thèmes ? Ce que la lecture des articles consacrées à la littérature américaine nous signale et nous invite à explorer, c'est cette ambiguïté de l'enchantement pour une parole en liberté surveillée.