2003, année première

 

 

 

Garde/2003

Entretien/Chapon

Noguez/Noguez

Delon/Baudelaire

Meunier/Char

Décaudin/Apollinaire

Lonjon/Carco

Petipas/Les escargots

Hartje/Radio

Raffin/Hugoxotique

Lacroix/Netthéâtre

 

 

 

 

 

 

 


 

Les plus grandes nouvelles sont parfois les plus tues… S'est-on assez avisé que l'année 2003 est une année première ? Il s'est pourtant avéré impossible, malgré tous les efforts des services compétents, de lui trouver un diviseur autre que 1 ou 2003. La tentative malhonnête et presque démoniaque de certains mathématiciens d'en faire le triple de 667,666 doit être repoussée avec mépris : 2003 est et restera un nombre premier, faisant de l'année qui commence sinon la première, du moins la première première du millénaire - ce qui n'est pas peu. Les plus anciens parmi vous se souviennent sans doute avec un peu d'angoisse que 1789 et 1871 étaient aussi des années premières. Mais ne cédons pas à la panique : certaines années premières, assez récentes, n'ont pas été marquées par de si grands bouleversements : souvenons-nous par exemple de 1999. Bien sûr, il y a eu la marée noire de l'Erika, la guerre au Kosovo, l'incendie d'une paillote en Corse ; mais finalement nous nous en sommes bien tirés. Même chose en 1997, où l'on n'a pu déplorer qu'une dissolution de l'Assemblée nationale, événement somme toute modérément révolutionnaire, et qui s'est bien terminé pour tous. Il est donc envisageable que cette année 2003 ne se passe pas trop mal.

Enfin, tout dépend pour qui, car une minutieuse enquête d'histoire littéraire portant sur toutes les années premières des deux derniers siècles doit nous inciter à la prudence.

Triste litanie : 1777 ravit Crébillon fils et 1783 d'Alembert, tandis que 1787 et 1789 emportaient le marquis d'Argenson et le baron d'Holbach. 1801 sacrifia Rivarol ; 1811 fut fatale à Marie-Joseph Chénier, et c'est en 1823 que la Parque trancha le fil des jours de Pierre-Jean Baptiste Nougaret. Par une implacable loi des séries, l'Abbé Grégoire devint feu en 1831, et Frédéric Soulié en 1847, avant que 1861 ne triomphât d'Eugène Scribe. La déplorable date de 1867 marqua le décès de Baudelaire. Ponson du Terrail fut enseveli en 1871, deux ans avant Feydeau. 1877 exigea la mort d'Henri Monnier, 1879 donna un éternel congé à Louis Reybaud, et 1889 interrompit l'existence de Barbey d'Aurevilly. Paul Alexis ne passa pas l'année 1901. Jarry succomba à 1907. Le 13 ne porta vraiment pas bonheur à Louis Hémon, et, preuve s'il en est de la profonde influence des nombres, son inverse 31 mit un terme à ce qui fut Willy. Raymond Roussel, las sans doute de dire 33, s'y arrêta. Maurice Maeterlinck fut vaincu par 1949, et Gide ne résista pas à 1951. La faucheuse arithmétique sembla alors un temps se retirer de l'univers, comme pour les noces de quelque dieu ancien. Mais elle n'était qu'assoupie, et c'est Roland Dorgelès qu'elle réclama en 1973, avant de frapper Joseph Kessel en 1979, Marguerite Yourcenar en 1987 et Guy Des Cars en 1993. Enfin, Eugène Guillevic nous a quittés en 1997 et, depuis 1999, nous regrettons Jean Guitton…