Famille maudite, poètes maudits

 

 

 

Marchal+Pierssens

G. Picq/Gheusi

Lefrère+Murphy

Pierssens/Mikhaël

Pérez/Poésie 1933

Picard/Wagner

Cocksey/Magron

Laster/Hugo2004

Lonjon/Carco

 

 

Jean-Jacques Lefrère, Steve Murphy

 


 

Assistance assez clairsemée, en ce 25 mai 2004, dans la salle du rez-de-chaussée de l’Hôtel Drouot où était dispersé un ensemble d’autographes inconnus de Rimbaud et de Verlaine : le catalogue de l’étude Tajan, diffusé quelques semaines plus tôt, avait révélé l’existence de ces papiers dont nul ne supposait la survie et qui provenaient, était-il précisé, de la « famille de Mathilde Mauté, épouse de Verlaine ». Une version inconnue de Mémoire, l’un des plus beaux poèmes de Rimbaud, une lettre inédite de Verlaine à Victor Hugo racontant l’attentat sur Rimbaud qui l’avait conduit entre les murs d’une prison belge, il y avait pourtant là de quoi faire revenir le public qui s’était pressé pour assister, quelques années plus tôt, à la dispersion des collections de Jean Hugues et de Jacques Guérin, au cours desquelles avaient été mises aux enchères des pièces aussi extraordinaires que la lettre de Rimbaud sur le poète « voyant » ou les brouillons d’Une saison en enfer. L’intérêt des amateurs pour de tels documents s’essoufflerait-il ? Le fait que de tels autographes atteignent désormais des en-
chères qui ne les rendent accessibles qu’à un nombre très réduit de collec-tionneurs a peut-être joué. Car les personnes présentes à Drouot ce jour-là se doutaient bien que le poème de Rimbaud serait acquis par ce libraire parisien qui exerce, depuis une bonne décennie, une suprématie financière sur les plus beaux manuscrits passant en salle des ventes. Lassitude d’un public devant une partie jouée à l’avance ?
Notre propos se limitera ici à présenter ces pièces hors du commun conservées, à travers plusieurs générations, par la belle-famille de Verlaine. Ces autographes, les biographes des deux poètes maudits les croyaient de longue date détruits. Mathilde Verlaine, épouse divorcée du poète, reconnut avoir mis au feu en 1896 – ayant lu dans L’Écho de Paris du 19 août un article d’Edmond Lepelletier qui lui avait fort déplu – les lettres que Rimbaud avait adressées à son époux avant leur commun départ de Paris en juillet 1872 et qui étaient restées dans le logement de la rue Nicolet. Plus tard, accusée par des admirateurs de Rimbaud d’avoir détruit des œuvres inédites de leur poète, Mathilde jurera n’avoir brûlé que « quelques pièces de vers de Rimbaud qui, toutes, ont été publiées : Chercheuses de poux, Sonnet des Voyelles ». Si les lettres de Rimbaud à Verlaine datant d’avant juillet 1872 n’ont probablement pas survécu, l’autodafé vengeur de la famille Mauté a au moins épargné un poème intitulé Famille maudite.