Giono et le poids du monde : un berger fuyant le troupeau

 

 

 

Dossier Allais

Caradec/Lebeau, Debussy et Satie

Caradec/ correspondance

Pierssens/Québec

Lair/titres

Chauvelot/lettres conjugales

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Masanès/Mounet

Entretien/ Ubersfeld

Fagot/Giono

 

 

 


 


L’un des paradoxes de la réception de Giono par la presse est sans doute, dès ses débuts, le contraste saisissant entre la discrétion placide de l’homme, apparemment peu soucieux de se mêler aux débats qui agitent ce monde, et la violence des réactions qu’il suscita, engendrant des haines aussi déplacées que bruyantes, aussi bien que des admirations extatiques. S’étonnera-t-on du corollaire de cette première observation ? L’étude des coupures de presse du second xxe siècle montre à quel point Giono fut mal lu. Non qu’un discours commode et entonné par tous ait dissimulé l’essence de l’œuvre sous un mauvais pli de lecture. Quelles que soient les approches, d’ailleurs violemment incompatibles, toutes se rejoignent dans l’obsession politique idéologique ou biographique, trois catégories justement auxquelles Giono déniait toute pertinence pour aborder la littérature.
Pourtant, Giono n’a jamais cherché à se soustraire à la presse, et ce n’est donc pas par la retraite provinciale de l’écrivain qu’il faut chercher à expliquer cette cécité critique. Certes, il ne recherche guère le journaliste, mais il se laisse volontiers rejoindre à Manosque, jusque dans sa maison, pour de longs entretiens-promenades où il n’est pas avare de paroles. Homme de métier, il considère la presse comme un outil de travail, un support de publication qu’il faut savoir exploiter. Cependant l’homme échappe, envahit les interlocuteurs de contes merveilleux qu’il invente, les désarçonne, parle de son pays plus que de lui-même, évite les sujets brûlants ou les balaie d’un haussement d’épaule. Bourru ou prolixe, muet ou lyrique, selon qu’il s’agit d’évoquer son intimité ou des réflexions sur l’art, Giono joue surtout de pudeur et de sagesse devant la presse. L’indépendance de l’homme, sa capacité à égarer ses locuteurs est vraisemblablement à l’origine de la diversité des images que produit de lui la presse, et éclaire leur maladresse parfois.