Le premier livre d'Henry Monnier, Scènes populaires dessinées à la plume, est annoncé dans la Bibliographie de la France du 22 mai 1830. Peu auparavant, le 6 mai, la Gazette littéraire n° 23 a donné en prépublication la seconde de ces scènes, La Cour d'assises, dans un texte presque identique à celui du volume. En signalant la prochaine parution de l'ouvrage, ce journal précise que " les amis d'Henri Monnier seuls (Dieu merci, il en a bon nombre) connaissaient jusqu'ici l'étendue de cet esprit observateur qui se révèle dans sa conversation par mille traits piquans et inattendus. "

Il n'existe pas de manuscrit de ces Scènes initiales, et on ignore quand et dans quelles conditions elles furent composées. Il est cependant peu plausible que Monnier, connu jusqu'alors comme dessinateur, ait pu inventer et rédiger, en l'espace des quelques mois précédant leur publication, la totalité de ces six textes fort aboutis et de genres très différents. On sait au contraire - et la présentation de la Gazette littéraire le confirme - que, depuis quelques années, dans certains milieux d'écrivains et d'artistes, il avait une réputation de virtuose du monologue sous forme de " scène " orale. Parmi celles qu'il publie en 1830, il est donc probable que certaines, sinon toutes, faisaient déjà partie de son répertoire. L'article consacré aux Scènes populaires par Figaro, le 5 juin suivant, le confirme : selon son résumé par Frédéric Ségu, " pour ceux qui ne les auront pas entendues de la bouche de leur auteur, il manquera ce sel, ce piquant, cette originalité d'artiste avec lesquels Monnier savait leur communiquer la vie " (Le Premier Figaro). Plus loin, l'auteur anonyme loue la patience d'ange avec laquelle Monnier a recueilli ces "banalités éternelles". Les témoignages plus tardifs sont nombreux sur l'étonnant mimétisme de Monnier quand il disait ses scènes en petit comité, prenant tour à tour les voix et les tons de tous ses personnages, les améliorant d'une performance à l'autre, et improvisant de multiples variations.