



L'occasion fait le larron : cherchant à comprendre pourquoi l'énigmatique Lorédan Larchey, le fameux conservateur de l'Arsenal des années 1877-1880, voulait tant de mal aux éditeurs de livres clandestins Jules et Jean Gay, ainsi qu'à tous ceux - y compris son ami Poulet-Malassis - qui avaient édité des érotiques au XIXe siècle, notre attention avait été attirée, dans le fonds Larchey de l'Arsenal, par le nom d'un certain Charles Baudelaire. Ce nom figurait sur un journal de province au titre obscur et sur des coupures de presse soigneusement mutilées (et parfois non signées), sans que le moindre élément, la moindre mention manuscrite puissent expliquer les raisons de cet intérêt. Bref, le sens de tout cela échappait de prime abord, jusqu'à ce que des notules manuscrites de Larchey sur Poulet-Malassis et des autographes inédits de cet éditeur relatif au rôle de Larchey dans la préparation de son Parnasse satyrique du XIXe siècle imprimé secrètement à Bruxelles , nous convainquent de deux choses. Premièrement, le bibliothécaire de l'Arsenal avait su beaucoup, sinon tout, des activités de Malassis et l'avait détesté cordialement. Deuxièmement, il n'avait pas pu ne pas approcher l'auteur des Fleurs du Mal - lui-même, on le sait, si proche de Malassis.
Il n'était donc pas sans intérêt de savoir où, quand et pourquoi Larchey et Baudelaire s'étaient rencontrés, et de retrouver sous la plume du premier la trace de cette rencontre et les indices d'une éventuelle amitié. Disons d'emblée que nous n'avons trouvé nul détail croustillant ou inconnu sur les goûts de Baudelaire en matière de librairie, ni le moindre dossier sur lui constitué par l'érudit conservateur. En revanche, nous avons mis au jour divers articles de journaux et revues, peu connus sinon inconnus, et très anecdotiques, sur un des moments forts de la vie de Baudelaire : ses visites à l'académicien Jules Sandeau - dont Larchey était proche - lorsque le poète avait eu l'idée de devenir Immortel.
Au cours de son existence, Larchey eut des activités multiples, dont l'éclectisme donne le vertige. Cependant ce Lorrain, fils d'un général de division de Napoléon III, né à Metz le 26 janvier 1831 et mort à Menton, où il s'était retiré, le 12 avril 1902, est surtout connu pour avoir été un bibliothécaire exemplaire, ayant exercé, entre autres, à la Mazarine et à l'Arsenal. En 1850, il était entré à l'École des Chartes, où il avait fait la connaissance de Poulet-Malassis : il avait entrepris ces études, qu'il ne devait pas mener à terme, uniquement pour faire plaisir à son père, car il ne s'intéressait qu'au dessin et aurait préféré s'inscrire aux Beaux-Arts. Larchey était en effet un artiste, auteur d'aquarelles et de nombreux dessins, croquis et caricatures disséminés sur les supports les plus variés et désormais conservés dans ses archives de l'Arsenal. Ce bourreau de travail fut dessinateur, mais aussi graveur, comme en témoignent certaines couvertures de la Revue anecdotique.
