
La Pantoufle de verre et le Soulier de satin
Nicole Laval-Turpin/les poétesses
J.-J. Lefrère/ Ephraïm Mikhaël
Guy Ducrey/pantoufle et soulier
Jean-Louis Jeannelle/maison de Balzac
L. Doumens et S. Vachon/la Vendetta
À Strasbourg, deux théâtres célèbres se tournent le dos, séparés par un petit bras de rivière que l'on connaît sous le nom de " Fossé des Faux-Remparts ". Rive gauche, grise d'austérité prussienne, la façade du Théâtre national de Strasbourg ouvre sur un grand parvis solennel. Rive droite, celle, rose et gracieuse, de l'Opéra national du Rhin, ferme la longue Place Broglie - plus promenade, d'ailleurs, que place, où l'ombre des tilleuls garde le souvenir d'un XVIIIe siècle évanoui et de robes à semis d'œillets. De l'un à l'autre théâtre, un petit pont de fer forgé permet d'aller, puis de revenir, sans se mouiller les pieds.
Durant quelques jours d'avril 2003, de part et d'autre du petit pont, deux spectacles se côtoyèrent, que rien, à première vue, ne semblait pouvoir rapprocher, hors peut-être qu'ils n'avaient connu que de très rares mises en scènes au XXe siècle. Côté théâtre, un monument : Le Soulier de satin (1924), grande " action espagnole " épique et lyrique de Claudel, retrouvait en France, pour la première fois depuis Antoine Vitez, le chemin de sa représentation intégrale à la scène, sous la houlette d'Olivier Py . Une traversée atlantique en dix heures de spectacle, à peine suspendue par des repos expéditifs et un repas précipité. Côté opéra, Cendrillon (1899), conte de fées de Jules Massenet, sur un livret d'Henri Cain adapté de Perrault. Une promenade de trois heures, longuement interrompue (tandis que l'on changeait de lourds décors) devant le stand des glaces et des coca-cola. Car ici les enfants étaient rois : des fillettes à robes écossaises et de petits garçons bien peignés faisaient de toute évidence leur entrée dans le monde de l'opéra, et lorsque, sur la scène, la marâtre, rousse et maniérée sous son grand chapeau, admonestait ses filles avant le bal, on pouvait entendre, par-dessus la musique et les papiers de bonbons, de grands rires éclater.
