Autour de Baudelaire

Lettres inédites de Mme Aupick, Narcisse Ancelle et Jean-Louis Émon

 

Catherine Delon

 

 

Garde/2003

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Le testament de Mme Aupick, mère de Baudelaire, morte le 16 août 1871, désignait trois héritiers : Narcisse Ancelle, ancien notaire de la famille et ex-maire de Neuilly-sur-Seine ; Félicité Baudelaire, veuve du demi-frère de Baudelaire ; Jean-Louis Émon, ancien militaire, grand ami des Aupick. " Ma fortune sera divisée après moi en trois parts : l'une pour M. Émon qui était l'ami dévoué de mon mari et qui n'a pas cessé depuis mon veuvage de me combler de soins et d'attentions, l'autre pour M. Ancelle qui depuis vingt-cinq ans m'a rendu d'immenses services ainsi qu'à mon fils ; enfin la troisième partie sera pour Mme Veuve Baudelaire ". D'immenses services : l'expression était faible pour traduire la responsabilité morale dont Ancelle s'était senti investi vis-à-vis du poète et le soutien qu'il n'avait cessé d'apporter à Mme Aupick.

Le 21 septembre 1844, le Tribunal de la Seine, à l'issue d'une procédure entamée par Mme Aupick, nomme Narcisse Ancelle, notaire à Neuilly , conseil judiciaire de Baudelaire. Légalement, Ancelle n'est tenu que d'assister le jeune prodigue pour un certain nombre de démarches que ce dernier ne peut plus accomplir seul : ouverture de crédit, emprunts, transports, cessions, etc. C'est en tant que notaire de la famille qu'Ancelle gère les biens de Baudelaire et lui remet ses mensualités . C'est en tant qu'ami de la famille qu'il tente de remettre le jeune homme dans le droit chemin, qu'il l'admoneste et finit par exercer, sur sa vie, une surveillance qui déborde largement les questions financières.

En 1844, Ancelle a quarante-trois ans ; notaire depuis douze ans, père de famille, c'est un notable qui consolide une " honnête aisance ". Cette aisance, il a dû la conquérir : son père, juge de paix puis notaire malchanceux à Lassigny, dans l'Oise, était mort ruiné en 1830. Dans sa jeunesse, Ancelle avait été le mentor de son père, accablé de dettes, et de ses frères et sœurs. Son métier et son expérience familiale lui avaient permis d'observer nombre de situations inextricables et de mesurer à quels abîmes entraîne une incapacité en matière d'argent. Baudelaire, jeune homme provocant, brillant, coléreux, affectueux parfois, et qui s'entêtait à " ne prendre aucune occupation utile ", était évidemment l'exacte antithèse d'Ancelle. Malgré des heurts souvent violents dont témoigne la correspondance du poète, Ancelle éprouvait, à l'égard de son " pupille ", une vive affection. De Bruxelles où, le 14 avril 1866, elle avait rejoint son fils hémiplégique et aphasique, Mme Aupick écrivait à Ancelle : " À propos de vos lettres, j'en ai lu une dernièrement que vous avez adressée à Charles. […]. Ah ! quelle lettre touchante, comme j'en ai été émue ! C'était celle d'un père bien tendre . "