Que savons-nous, que pouvons-nous savoir du théâtre passé ? La représentation s'accompagne de sa disparition simultanée, c'est une banalité de le dire ; le temps fait peu à cette affaire-là : il est presque aussi difficile de se documenter clairement sur un spectacle vieux de cinquante ans, disons une représentation au Festival d'Avignon en 1950, que sur une soirée de 1830. Même des spectacles plus récents, même les " bandes vidéo " qu'on trouve parfois ne donnent que d'immatérielles évocations qui transmettent peu de choses. A défaut, peut-on reconstituer des spectacles d'autrefois ?

C'est l'idée qu'a eue le directeur du Théâtre de l'Athénée, cette belle salle qui fut la " maison " de Louis Jouvet pendant quinze ans, et le lieu où il mourut en 1951, comme le rappelle une plaque dans le foyer. Pour célébrer, cinquante ans après, sa mémoire, l'Athénée propose une saison entièrement fondée sur le répertoire joué et monté par Jouvet, essentiellement des œuvres créées par lui. Au-delà de l'intérêt ponctuel de voir un répertoire français aujourd'hui souvent négligé ou simplement oublié, du Diable et le bon Dieu au Mariage de M. Le Trouhadec, cette initiative nous passionne pour plusieurs raisons. Non seulement chacune de ces œuvres, individuellement, mérite d'être interrogée par cela même qu'elle retint l'attention de Jouvet, mais leur somme, leur rassemblement nous donne à penser, à repenser quinze ans de théâtre et à espérer comprendre quel était le projet de Jouvet, à la fois directeur de troupe, acteur et metteur en scène.