Au dernier festival d'Avignon, la Schaubühne de Berlin présentait avec succès La Mort de Danton de Georg Büchner, dans une belle mise en scène de Thomas Ostermeier. La pièce est régulièrement montée depuis l'année1948 où, à Avignon déjà, Jean Vilar en avait assuré la création en France ; ainsi, au printemps prochain, La Mort de Danton sera à nouveau donnée par Georges Lavaudant à l'Odéon.

Ces présentations renouvelées, on les doit bien sûr aux qualités de l'œuvre. L'auteur de Woyzeck avait à peine vingt ans lorsqu'il l'écrivit en 1835, deux ans avant sa mort. Pourchassé par la police de son pays pour ses opinions révolutionnaires, il s'était réfugié à Strasbourg. L'abondance des citations authentiques de discours révolutionnaires, la vigueur des brèves scènes montrant le peuple, l'absence de toute intrigue au sens classique, l'impressionnante scène finale, enfin, où Danton et ses amis montent à l'échafaud, tout cela explique le succès de l'œuvre qui se tient, miraculeuse, quelque part à mi-chemin entre Shakespeare et Brecht.

Mais ces retours réguliers à Büchner tiennent sans doute aussi à une curieuse carence du répertoire théâtral français : il paraît ne compter aucune pièce sur la Révolution qui ait réussi à s'imposer. La Terreur serait-elle donc irreprésentable sur scène pour un dramaturge français ? Jusqu'à 1830, la censure rendait certainement l'entreprise hasardeuse - au point que, dans Racine et Shakespeare, plein de sujets de drames nationaux, Stendhal n'en propose aucun touchant la Révolution. L'envie ne manquait pourtant pas aux écrivains romantiques : on voit Vigny penser à une Madame Roland, Hugo esquisser une Mort de Louis XVI. Mais rien de cela n'aboutit. Le sujet était-il si brûlant, et si pesantes les contradictions idéologiques ?