


Dès le deuxième paragraphe de son célèbre " conte cruel " Véra (1874-1883) , Villiers de l'Isle-Adam tient à informer exactement le lecteur des armoiries dont s'enorgueillit l'antique famille de son héros. On ne s'est pas avisé jusqu'ici, semble-t-il, de ce que les armes du comte d'Athol villiérien - D'azur à l'étoile abîmée d'argent, avec la devise Pallida Victrix, sous la couronne retroussée d'hermine au bonnet princier - comportent une curieuse anomalie. Les maîtres de la science héraldique s'accordent en effet pour suggérer qu'elles devraient se blasonner D'azur à l'étoile d'argent, la mention abîmée (pour en abysme) étant ici superflue, puisqu'elle ne s'applique dans le principe qu'à un meuble mis au milieu d'autres et ne saurait par conséquent qualifier une pièce isolée . Dans la mesure où ces armes sont dépourvues de la moindre ressemblance avec celles de la maison comtale écossaise Strabolgi d'Atholl, qui porte Palé d'or et de sable, non plus (à l'exception de l'hermine) qu'avec celles du comte Mathias Philippe-Auguste de Villiers de l'Isle-Adam - D'or au chef d'azur, chargé du dextrochère vêtu d'hermines se mouvant de senestre et revêtu d'un fanon ou manipule de même brochant sur les émaux -, on supposera qu'elles sont propres à l'œuvre de Villiers, et probablement " parlantes ". De ce fait, on admettrait malaisément le caractère fortuit de l'erreur héraldique plus haut relevée : imbu de sa noblesse, fier de ses origines, Villiers aurait moins que tout autre commis pareille faute . Il y a dans cette irrégularité, de toute évidence, le présage d'un sens caché, l'annonce d'une manière de rébus, au reste d'interprétation facile : cette étoile abîmée, c'est Véra (nommément assimilée à Vénus quelques pages plus loin), chue du ciel de son époux, mais promise à la fin des fins à une victoire sur la pâleur mortuaire. Nouveau prince d'Aquitaine, le comte d'Athol apparaît donc, de par ses armes ancestrales, comme prédestiné de toute éternité à voir l'étoile de sa vie tomber, se perdre, s'abîmer. Ainsi, ce n'est pas forcer le sens des mots que de considérer ici que l'étoile est moins mise en abysme, que le blason tout entier ne constitue une " mise en abysme " textuelle du récit dans son ensemble. On est dès lors conduit à s'interroger sur la présence, dans le texte du conte, de passages dont le caractère obscur dissimulerait l'utilisation de procédés analogues, ce qui nous amène à nous intéresser à l'énigme de Callimaque :
Le soir de l'Anniversaire, le comte, assis auprès du feu, dans la chambre de Véra, venait de lui lire un fabliau florentin : Callimaque. Il ferma le livre, puis en se servant du thé :
- Douschka, dit-il, te souviens-tu de la Vallée-des-Roses, des bords de la Lahn, du château des Quatre-Tours ?... Cette histoire te les a rappelés, n'est-ce pas ?

