Depuis l'automne de 1998, la Réserve des livres rares, l'ancienne Réserve des Imprimés, a quitté les locaux qui l'abritaient au centre de Paris pour s'installer dans le nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale de France, quai François-Mauriac. Le déménagement de ses collections a mis fin à deux siècles d'existence dans l'aile du " quadrilatère " qui borde la rue Richelieu.

Historique

L'origine de ces collections remonte en effet à la Révolution française. Elle se rattache à l'une des figures les plus marquantes de la Bibliothèque nationale, Joseph Van Praet (1754-1837). Fils d'un libraire brugeois, collaborateur à Paris du libraire Guillaume Debure l'aîné, rédacteur d'un des catalogues des ventes La Vallière, Van Praet entra comme commis à la Bibliothèque royale en 1784. Onze ans plus tard, une fois la Terreur passée, il était devenu l'un des deux gardes du département des Imprimés, le plus important désormais dans l'établissement unique que devenait la Bibliothèque nationale par l'importance de ses collections. Passant de 300 000 à plus d'un million de volumes, les imprimés - livres, périodiques, cartes et partitions musicales alors confondus - étaient entassés dans des locaux où le public avait en grande partie accès. La question de leur catalogage, qui sera la grande affaire de la seconde moitié du XIXe et du XXe siècle, n'était pas encore à l'ordre du jour. Van Praet était préoccupé avant tout d'accroître les collections et de distinguer dans celles-ci - ce qu'il appelait " mettre hors de rang " - les livres considérés par lui et par la communauté des " curieux en fait de livres " comme plus rares et plus précieux que les autres. Il partageait en outre la fascination de son temps pour tout ce qui se rattachait aux origines de la typographie. Les livres qu'il recherchait étaient donc les plus anciens, ceux des premiers temps de l'imprimerie, ainsi que les éditions princeps, puis les impressions sur vélin, précurseurs des " tirages de tête " de nos jours, ensuite venaient les grands papiers, les livres annotés, les principaux livres à figures, les reliures les plus remarquables, les productions des grands imprimeurs (d'Alde à Bodoni), enfin tout ce qui était réputé " rare et curieux ". La collection qu'il réunit sur ces critères, dont le prêt était interdit dès avril 1794 et la communication réservée, était rassemblée pour partie au premier étage, pour l'essentiel au rez-de-chaussée de l'aile bordant la rue Richelieu, où Th. Frognall Dibdin vint les examiner en juin 1818. A l'automne 1836, les collections de la Réserve - estimons-les entre 30 à 40 000 volumes - furent rassemblées au premier étage, où elles demeurèrent sans changer d'emplacement, malgré les travaux de Labrouste, jusqu'en 1998.