Les éditions des Oeuvres complètes de Rimbaud comportent généralement une section de fragments ou de propos attribués à l'auteur. Parmi ces fragments, certains présentent un degré de fiabilité relativement faible: ainsi les bribes reconstituées de mémoire à des dates tardives par Ernest Delahaye ou Paul Labarrière. D'autres sont plus fiables, mais n'offrent qu'un intérêt limité: c'est le cas de la citation que Verlaine a placée en épigraphe de la troisième de ses Ariettes oubliées. D'autres, enfin, requièrent l'attention à la fois parce qu'ils entrent en résonance avec tel ou tel texte majeur de Rimbaud et parce que leur authenticité paraît indéniable. C'est, exemplairement, le cas de:

Prends-y garde, ô ma vie absente!

Il s'agit d'un fragment autographe noté par l'écrivain lui-même au verso de Patience [d'un été], version du texte plus connu sous le titre de Bannières de mai. On n'a aucune peine à imaginer que l'authenticité de ce fragment - en raison précisément de son caractère autographe, même si le manuscrit demeure à ce jour inaccessible- n'ait jamais été mise en doute. Et il est bien compréhensible que Steve Murphy, dans sa récente édition "hypercritique" des Oeuvres complètes, fasse porter son commentaire sur le seul statut de ces quelques mots, en se demandant notamment si l'emplacement sur la feuille manuscrite permettrait ou non de l'identifier à un vers ou à une phrase en prose.