De 1930 à 1980, Jean Arribey a constitué un vaste ensemble de dossiers consacrés aux écrivains français ; il y recueillait des articles parus dans la presse, des quotidiens aux revues littéraires. Ce fonds permet aujourd’hui, dans chaque numéro d’Histoires littéraires, l’étude de la réception d’un auteur important.

La réception de Robert Desnos au fil de la presse

 

Alain Chevrier

 

Dossier Maupassant

Benhamou-Honnorat/Dossier 1718

Johnston/le jeune Maupassant

Walbecq/documents

Oberlé/une épistole

Johnston/3 billets

Chadoqueau/plagiat

Goujon/inédits

Hawthorne/Gisèle d'Estoc

 

Pichois/Colette et sa fille

Chevrier/Desnos dans la presse

Entretien Annie Le Brun

Morel/Ubu aux Gueules de Bois

Sigu/Bibliothèque Firestone

 

 

 

 

 

 

 

 


 

La fin tragique de Robert Desnos, par la dimension symbolique que pouvait prendre la mort d’un poète dans de telles circonstances, était bien propre à engendrer très vite une appréhension légendaire de ses œuvres, comme le montre la lecture des articles de presse du fonds Arribey. Ces textes, bien que ne formant pas un corpus systématique, continu et complet, donnent une idée des grands modes de réception posthume de l’œuvre de Desnos, et soulignent à quel point elle est déformée, volontairement ou involontairement, jusque dans la définition de son corpus. Aux récupérations politiques s’ajoutent en effet les approximations qui se répandent d’autant plus facilement qu’elles semblent, comme tout symbole, plus vraies et plus significatives que le pauvre réel. Il faudra attendre les années 60 pour que les publications d’inédits et l’essor des nouvelles « sciences de la littérature » permettent de corriger la silhouette de l’œuvre, en lui rendant sa complexité et sa variété.

Desnos détourné

Les publications posthumes sont souvent l’occasion de modifier le point de vue que l’on a coutume de privilégier pour appréhender une œuvre. Desnos n’échappe pas à la règle, avec cette particularité que les enjeux sont ici, et surtout dans l’immédiat après-guerre, politiques.

La récupération de Desnos par Aragon et le Parti communiste

Le premier ensemble consacré à Desnos après-guerre paraît dans les Lettres françaises du 16 mai 1945. Dans un dossier intitulé « Des inédits de Robert Desnos posent le problème de la rigueur en poésie », Tristan Tzara communique des textes appartenant à sa collection. S’y trouvent, outre un scénario au titre provisoire (« on prend les mêmes… et on recommence »), une lettre à Éluard et quatre poèmes : un poème-dédicace sur un exemplaire de C’est les bottes de sept lieues, et trois poèmes inédits, Cheval de fer et de fumier, mâcheur de paille (1942), Le Chat qui ne ressemble à rien (avec une gouache de l’auteur) et L’Araignée à moustaches (avec également une gouache de l’auteur), ces deux derniers extraits de l’album inédit La Ménagerie de Tristan (1932). Tzara donne également une lettre à Éluard du 8 octobre 1942 sur le retour d’une cueillette de champignons en Normandie, dans laquelle Desnos envoie des poèmes de Contrée, avec un commentaire très important sur sa nouvelle poétique : « Il faut que le poème tienne » – il parle de la forme du sonnet que prennent souvent ses poèmes, de la composition comme « quelque chose d’aussi implacable que la résolution d’une équation ou les phases d’un phénomène mystique », d’une « poétique-fine » comme il y a des « calculs fins » en relativité ou en mécanique ondulatoire, de l’importance de Nerval, du rapport médiat à l’actualité de ses poèmes, distinct de la dissimulation de l’érotisme chez Mallarmé, de la conciliation Nerval-Rimbaud à laquelle il aspire.
Cette revendication d’une poésie mathématique est sans doute la première pierre d’un nouvel édifice : Desnos, tournant le dos au Surréalisme, tel que Tzara le dessinera, de façon plus achevée, dans un autre article (« Le Vivace et le bel aujourd’hui », 12 juin 1955) qui est probablement son « allocution » pour le dixième anniversaire de la mort du poète. Après un très beau début (« Jamais des yeux humains ne furent aussi étrangement ouverts que ceux de Robert Desnos »), Tzara insiste sur le fait que c’était « Un homme "éveillé" » – ceci contre Breton et la période des sommeils. Il parle du « mal » (du fascisme), de sa vie, de sa mort en captivité, et dessine un Desnos populaire, parisien : « Car, en fait, ne retourne au peuple que ce qui, reconnaissable par la voie du cœur, lui est lié par une commune mesure. » Ses poèmes pour les enfants sont logiquement donnés comme illustrant sa simplicité, son goût pour « cette liberté qui est amour et qui est poésie » (d’après la formule d’Éluard : « L’amour la poésie »).