Noël Arnaud (1919-2003)

 

François Caradec

 

 

Patrick Benza/Mérimée

Fr. Caradec/Noël Arnaud

Daniel Zinszner/Sade et Sue

Cecily Mackworth/ Mallarmé

Nicole Laval-Turpin/les poétesses

J.-J. Lefrère/ EPhraïm Mikhaël

Entretien / Losfeld

Hugues Marchal/Poddema

Guy Ducrey/pantoufle et soulier

Jean-Louis Jeannelle/maison de Balzac

L. Doumens et S. Vachon/la Vendetta

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Un esprit libre : jamais n'a été plus juste cette expression dévoyée. Noël Arnaud est décédé le 1er avril 2003. C'est une date qui fait toujours sourire aux enterrements ; il n'est pourtant pas le seul à l'avoir choisie. Il était en revanche né le 15 décembre 1919, jour de la sainte Ninon. C'était un vrai Parisien, ce qui est assez rare à Paris. Lycéen avec Francis Blanche, poète avec Jacques Bureau aux Réverbères et le Dada jazz-band, dès 1941 il anime sous l'Occupation, avec Jean-François Chabrun, le groupe surréaliste de la Main à Plume (lire le livre de Michel Fauré, Histoire du Surréalisme sous l'Occupation que viennent de rééditer les éditions de la Table Ronde). La Libération venue, après un séjour au Maroc, il crée la branche française du groupe trotskiste, le Surréalisme révolutionnaire, qui le brouille à la fois avec André Breton et avec le Parti communiste. Déçu dans ses ardeurs politiques, Noël Arnaud crée alors de petites revues qu'il compose et imprime lui-même sur une presse à bras dans sa cave, le Petit Jésus et, avec Jean-François Chabrun, Le Messager boiteux de Paris. Le Collège de 'Pataphysique arrive à pic pour accueillir ce dissident de toutes les disciplines. Il devient Régent de Clinique de Rhétoriconose avant d'être élevé en l'an 2000 au rang suprême de Satrape.

C'est à cette époque que, de témoin actif de l'histoire littéraire dans les années 1940-1950, il en est devenu un chercheur actif. Les publications du Collège de 'Pataphysique accueillent ses travaux érudits. Ses goûts multiples le conduisent à collaborer à d'autres revues, notamment Critique. La décennie suivante sera pour lui la plus féconde. En 1960, il est présent à Cerisy lors de la décade qui voit la naissance de l'Oulipo (il en sera président jusqu'à sa mort après les disparitions de Raymond Queneau et de François Le Lionnais) ; il est, la même année, chargé par Jean Dubuffet d'établir le catalogue de son œuvre gravé. En 1962, il crée The Situationist Time avec Jacqueline de Jong ; en 1964, il signe l'Encyclopédie des farces, attrapes et mystifications avec François Caradec ; en 1966, Les Vies parallèles de Boris Vian et, par la suite, l'édition des inédits de Boris Vian ; enfin, en 1974, le premier tome d'une biographie d'Alfred Jarry, " d'Ubu roi au Docteur Faustroll ", dont il n'écrira malheureusement pas le volume complémentaire. À l'intention de ses amis et de ses correspondants, qui étaient nombreux, il a publié une revue à la périodicité et au format variables, Dragée haute, dont le titre est évocateur de la liberté du contenu.

Et de sa gaîté, car ce qui manque le plus de Noël Arnaud à ses amis, c'est son rire et sa truculence. Infatigable épistolier (je me souviens de son indignation lorsque les PTT supprimèrent le " pneumatique "), il déversait sans risque d'être interrompu sa verve gouailleuse et ses calembours qui enveloppaient pudiquement la pénétration et la rigueur de sa pensée. Aussi avons-nous demandé à ses amis de nous confier une ou deux de ses lettres. Que ceux que nous n'avons pas pu joindre à temps veuillent bien nous en excuser : comme paraîtront bientôt des volumes réunissant ses écrits critiques et ses poèmes, il faudra un jour rassembler toute sa correspondance .