Histoires littéraires : Vous êtes un commissaire-priseur spécialisé dans le livre et l'autographe, et certainement un de ceux ayant la plus grande expérience dans cette spécialité. Puisque, avant de mettre en route le magnétophone, nous évoquions la personnalité de quelques grands collectionneurs disparus, comme le colonel Sicklès ou Jacques Guérin, je vous propose de continuer sur ce thème. Reste-t-il aujourd'hui, selon vous, des collections de cette importance ?

Éric Buffetaud : Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Vous n'empêcherez jamais ce besoin d'accumuler des trésors ; et puis posséder une caverne d'Ali Baba, ce n'est pas si désagréable que ça.

HL : Et ces collections sont toujours aussi bien constituées ?

E.B. : Je crois savoir qu'il y a quelques collectionneurs qui font cela très bien. Il y aura toujours de nouvelles collections, parce que c'est la vie… Mais il est de plus en plus difficile de réunir des ensembles, les beaux livres sont de plus en plus chers et de plus en plus rares. Nous sommes à une époque où l'objet d'art est devenu une idole devant laquelle on se prosterne à coup de millions.

HL : Des collectionneurs comme Guérin ou Sicklès avaient aussi des fins de mois confortables.

E.B. : Je ne connais pas la fortune de Jacques Guérin, mais elle était sûrement importante. Le colonel Sicklès avait aussi une certaine fortune, bien qu'il ait eu dans sa vie des problèmes financiers assez graves, tout simplement parce qu'il était capable d'acheter tous les mois une vente entière, alors après… Mais il achetait si bien qu'à ces moments difficiles, en revendant quelques-unes de ses pièces, il a su toujours faire face. C'était quelqu'un qui avait le génie des affaires. Tout le monde croyait qu'il était complètement inculte. C'était totalement faux. Mais je pense que chez cette race de collectionneurs, il y a comme un deuxième sens. Le colonel avait tout du chat, le côté Raminagrobis, si vous voyez ce que je veux dire, et principalement ce deuxième sens qui nous fait souvent défaut.

HL : Collectionne-t-on par amour de la littérature ou de l'autographe rare ?

E.B. : C'est souvent les deux.

HL : Comment font les collectionneurs d'aujourd'hui, qui ont souvent un métier accaparant, pour repérer les pièces qui les intéressent dans les ventes du monde entier ?