Renée Dunan, un nom quelque peu oublié de nos jours, celui d'un écrivain doublé d'un critique redoutable et redouté, qui défraya pourtant la chronique littéraire des années 20-30 ("une vitrioleuse", "une pétroleuse", au dire d'un contemporain), mais un nom qui recèle en définitive bien des mystères. Car de la vie de cette femme, on ne sait que peu de choses, comme si elle s'était toujours ingéniée à se volatiliser, à effacer ses traces et à brouiller les pistes. Point de mémoires, des confidences rares et une correspondance dispersée au gré des ventes, sinon détruite.

Au début de sa carrière de journaliste, Renée Dunan signe d'emblée sous de faux noms, que Jean Azaïs répertorie dans l'Annuaire des Lettres et des Arts de 1922-1923 : Chiquita, Ethel Mac Singh, Luce Borromée, Laure Héon, A.R. Lyssa, Léa Saint-Didier. On en trouve l'aveu discret dans une lettre à Jean-Richard Bloch : "Je fais, sous toute une parade de pseudos, des articles, dont la critique à Floréal et je fais figurer les lettres françaises à Amsterdam et à Monaco par Rives d'Azur. La seule revue de France où il me soit également loisible de faire l'éloge de Lénine, de Rétif de la Bretonne et du Dadaïsme, s'il me chaut ". Cet autoportrait, d'une remarquable concision, cerne bien le personnage du moment : une bolchevique, une aventurière qui donne dans le texte provocant et polisson, une dadaïste de la première heure. Très curieusement, et alors même qu'elle acquiert la notoriété sous son patronyme - est-il seulement exact ? - avec La Triple Caresse, premier roman (à clés ), publié chez Albin Michel et présenté au Prix Goncourt 1922 (remporté par Henri Béraud), elle s'invente, au fil des années, de nouvelles identités. La liste de ses pseudonymes laisse pantois. Mais est-elle exhaustive ? Sont attestés : M. de Steinthal, hommage indirect à Stendhal et à l'aventurier et mémorialiste Casanova de Seingalt, Louise Dormienne, Renée Caméra, Marcelle La Pompe et Spaddy, injustement controversés , A. de Sainte-Henriette, Georges Dunan, enfin Ky et Ky C. (autrement décliné, "Qui sait" ou "Qui c'est"), invite insolente à déchiffrer une énigme.