



Le père Didon avait jusqu'à présent tenu peu de place dans ma vie intellectuelle. Je ne le connaissais guère que pour la facétieuse entrée "Mallarmé" du Petit Bottin des gens de lettres qui présentait en 1886 l'auteur d'Igitur comme "issu des amours tératologiques de mademoiselle Sangalli, du Père Didon et de l'illustre Sapeck". Ainsi coincé entre une danseuse et un faiseur de canulars, ce Didon ne m'inquiétait pas.
J'ai perdu cette innocence, des lecteurs de Libération m'ayant contraint à en savoir plus sur ce prédicateur autrefois célèbre. Le 15 septembre 2000, le courrier de ce quotidien publiait une lettre où trois historiens s'étonnaient de l'émission d'un timbre consacré au R.P. Didon. Ils se rappellaient qu'il "s'était attiré les foudres de Clémenceau et de Jaurès" pour un discours anti-républicain, au temps de l'affaire Dreyfus: "cent ans après, un éloge aussi outré de la force sonne étrangement à nos oreillles de républicains, et il nous semble que la Poste eût été mieux inspirée de ne pas proposer, à des centaines de milliers d'exemplaires, l'auteur d'une pensée aussi radicalement incompatible avec la République, la démocratie et l'éducation". Les auteurs de cette lettre ne demandaient aucune censure, aucun retrait du timbre, et cette affaire ne fit guère de bruit; j'y reviens, non par amour du P.Didon, mais parce que je m'interroge sur le curieux rapport au passé qui se manifeste là.
