
Dossier 1718: Maupassant à Passy
1718 est le numéro-matricule de Guy de Maupassant à la clinique du docteur Blanche, ou plutôt du docteur Meuriot, puisque ce dernier était devenu en 1872 le propriétaire de létablissement psychiatrique de la rue Berton. Un dossier était établi à larrivée de chaque patient, et lécrivain néchappa pas à la règle. Ce dossier, qui avait « disparu » dès 1893, vient de resurgir, après un sommeil dun siècle, dans les circonstances quon va lire.
Laliéniste André-Isidore Meuriot géra sa clinique jusquen 1901, date de son décès. Son fils Henri, également psychiatre, lui succéda. En 1922, à la disparition de Mme veuve Meuriot, la propriété qui avait été jadis celle de la princesse de Lamballe fut vendue pour payer la succession. Lasile fut alors transféré dans Paris, au 161 de la rue de Charonne, puis au château du Bel-Air à Villeneuve-Saint-Georges (Essonne), où il existe toujours. Le dossier 1718, qui subit comme les autres ces déménagements successifs, avait été conservé par Henri Meuriot, puisquil fut retrouvé dans ses affaires personnelles, lors de son décès survenu en mars 1946, par sa fille Colette et son gendre Louis Honnorat. À la mort de ce dernier, en 1984, lun de ses fils découvrit ces documents dans son bureau et les confia au second signataire de cet article, professeur de neurologie à la Faculté de Lyon et arrière-arrière-petit-fils dAndré-Isidore Meuriot.
Que contient ce dossier 1718 ? Ce nest pas un recueil danalyses médicales et dobservations cliniques. Il sagit dun dossier administratif comprenant environ soixante-dix pièces datées de 1892 à 1926 : trois certificats de placement, un certificat de police, quelques renseignements médicaux, des lettres et des télégrammes de la famille Maupassant adressés aux docteurs Blanche, Grout et Meuriot, des articles de journaux et diverses missives. La plupart de ces documents sont restés inédits, même si lenveloppe de papier kraft format 24 x 29 qui les contient porte au crayon ladresse de Georges Normandy. Car ce dernier sest servi autrefois de ce dossier, quil a été le premier et le dernier critique à lire avant nous. Grâce à ces documents que lui avait communiqués Henri Meuriot vers 1926, Normandy put composer deux ouvrages, La Fin de Maupassant et Maupassant intime, parus chez Albin Michel en 1927. Il na cependant jamais cité cette source en raison, sans doute, dun accord passé avec Meuriot , et ceci la rendu suspect aux yeux des chercheurs ultérieurs. De plus, il na pas exploité toutes les pièces du dossier, choisissant certaines plutôt que dautres, et taisant des détails importants pour la connaissance de la fin de vie de Maupassant.
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