



En juin 1995, M.Pierre Cockshaw, conservateur en chef de la Bibliothèque royale Albert Ier, acquit pour le compte de celle-ci, auprès d'un libraire bruxellois, un lot composé principalement de trente-deux lettres adressées par Paul Claudel à sa fille Louise entre 1941 et 1954. Ces envois sont précieux à plus d'un titre. On savait la tendresse particulière que Claudel pour "l'enfant de Foutcheou". Ses lettres de Rosalie dont nous avons eu connaissance révèlent les inépuisables formes d'aide qu'il ne cessa de procurer à la mère et à la fille preque trente ans durant. Elles manifestent aussi toute l'attention inquiète qu'il portait à la formation musicale de Louise, et combien il déplorait que sa mère refusât de la confier, comme il l'aurait souhaité, à un professeur de premier ordre, Gabrielle Gills, en même temps qu'à la Schola cantorum. Ici, c'est un autre aspect, majeur, de la vocation artistique de Louise qui apparaît: douée - jusqu'à quel point?- pour la composition autant que pour le chant, elle rêva de donner à plusieurs oeuvres dramatiques ou lyriques de Claudel l'accompagnement musical auquel lui-même songeait. On lira plus loin le texte du contrat passé entre le père et la fille, accordant à cette dernière "le privilège d'écrire la musique" pour les oeuvres suivantes: Tête d'or, La Ville, L'Echange, La cantate à trois voix. Référence y est faite à un autre contrat déjà passé pour l'Annonce et Le Père humilié.
Second intérêt de ces lettres, non moins vif et lié au précédent: en plusieurs endroit, elles nous font découvrir la manière dont Louise et surtout son père concevaient le soutien musical comme le prolongement de l'expression dramatique. Dans un ordre plus anecdotique, mais aussi dans un registre d'une outrance inégalée, on retrouve l'auteur de l'Annonce aux prises avec une chaîne ininterrompue de désappointements prolongés jusqu'aux approches de sa fin. Qui donc inventera la mise en scène qu'exige cette pièce chère à son coeur?
La suite de l'article et les lettres de Paul Claudel à sa fille dans Histoires littéraires n°4-2000
